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Entretien – Président de l’Assemblée nationale

Entretien – Président de l’Assemblée nationale : « Légitimer le Parlement en démontrant son utilité concrète »

Au perchoir depuis septembre 2017, Alassane Bala Sakandé, cadre supérieur de banque, a la réputation d’être
un meneur d’hommes. Dans la classe politique burkinabè, il fait partie de la jeune garde derrière l’actuel chef
de l’État Roch Marc Christian Kaboré.

Dès votre prise de fonctions en septembre 2017, quelle
a été la ligne directrice de votre action ?
Alassane Bala Sakandé : Avant toute chose, permettez-
moi de m’incliner devant la mémoire du président
Salifou Diallo, dont l’action politique a profondément
marqué toute la nation. Cela étant dit, je dois préciser
que dans l’hémicycle le 8 septembre 2017, ce sont
104 députés sur 127 qui m’ont accordé leur confiance.
Une confiance qui a rassemblé autour de ma modeste
personne les députés de plusieurs obédiences politiques.
Dès lors, je me suis fixé pour défi de travailler à rassembler
toutes les personnes impliquées dans le travail
parlementaire pour faire rayonner l’institution. Je voudrais
renforcer la légitimité du Parlement en montrant
et en démontrant son utilité. En tant que représentants
post-insurrectionnels de la nation, nous avons le devoir
d’être le plus proches possible de nos mandants et de
leurs préoccupations. Pour mieux
« voter la loi, consentir l’impôt et
contrôler l’action du gouvernement »,
il n’y a pas d’autres alternatives. Fini
le temps du député « béni oui oui »
et de l’Assemblée nationale « caisse
de résonnance du gouvernement ou
du parti majoritaire ». Les citoyens
prendront désormais l’habitude de
nous voir sur des terrains qui ont
la malheureuse réputation d’être
l’apanage de l’exécutif, non pas pour
faire de la concurrence à l’exécutif,
mais plutôt pour pousser ce dernier
à répondre à des questions concrètes
du quotidien de nos populations.
Il nous faut faire du « parlementarisme
de développement » et évaluer
par ailleurs l’utilité du député et du
Parlement dans la construction du
Burkina Faso émergent. En marge des premières journées parlementaires de
l’année 2018 de votre formation politique, le MPP, qui
se sont tenues en mars dernier à Dori, dans région du
Sahel, pourquoi avez-vous jugé utile de rendre visite
au 11e Régiment d’infanterie commando ?
Cette partie de notre pays est frontalière avec le Mali
et également avec le Niger. Les attaques terroristes y
sont de plus en plus fréquentes. Pour juguler la menace
terroriste, il y a, nuit et jour, des forces de défense et de
sécurité qui sont sur le terrain au prix de leur vie. Au
regard des efforts et des sacrifices qu’elles consentent
contre les forces du mal, il s’imposait comme un devoir
de leur manifester la reconnaissance de la nation entière.
En tant que députés, ce fut l’occasion pour nous de
voir sur place les conditions de travail et les capacités
opérationnelles des hommes et des femmes en charge
de la sécurisation du territoire national. Les hommes et les femmes en charge de la défense et de la sécurité
ont besoin de notre soutien et de notre solidarité au
regard de la particularité et des contraintes de leur mission. Présent à Dori dans le cadre de ces journées
parlementaires, je ne pouvais pas manquer cette
occasion de rendre visite au 11e Régiment d’infanterie
commando. La visite m’a permis de découvrir
les soldats dans leurs conditions de travail
et de vie, de recueillir leurs attentes. Et j’ai
pu satisfaire quelque temps après certaines
de leurs attentes en me rendant à nouveau
à Dori un mois plus tard. Je leur ai apporté
un symbolique soutien matériel de première
nécessité. Au-delà du 11e Régiment, j’exprime
ma reconnaissance et mon soutien à l’ensemble
de nos forces de défense et de sécurité qui
subissent un harcèlement à l’est et au sudouest
après l’échec consommé de la prise du
nord de notre pays.
Quels sont les contours de la diplomatie parlementaire
et est-elle à la hauteur des ambitions
du Burkina Faso actuel ?
Dans l’idéologie du « parlementarisme de
développement » que je prône, la diplomatie
parlementaire a pour vocation d’être au service
du développement, de la démocratie, de
la paix, de la liberté, des droits humains. Á
la suite des sillons tracés par mon prédécesseur,
notre Parlement entretient des relations
de coopération avec d’autres Parlements ou
institutions similaires aussi bien au niveau
bilatéral que multilatéral. Nos députés sont
très actifs dans les Parlements régionaux et
internationaux. Nous entretenons d’excellentes
relations avec des pays frères et amis. À
titre illustratif, le Canada a été le premier pays
à soutenir l’élaboration et la mise en oeuvre de
notre plan stratégique. À sa suite, nous avons
conclu avec l’Union européenne, la Suisse et
la Suède un accord de financement commun
inédit de plus de 4 milliards de FCFA pour
les deux années à venir. Il est inédit parce que
c’est l’une des rares fois que des partenaires
techniques et financiers apportent un soutien
financier en temps de paix à un Parlement. Quelles vont être vos priorités en termes d’actions à
mener en 2019 ?
Dans la mise en oeuvre du « parlementarisme de développement
», quatre axes nous guident :
la modernisation intégrale du système
de vote par l’instauration du vote électronique
et ses adjuvants, le rapprochement
des députés et de l’Assemblée
nationale du citoyen, l’autonomisation
et la responsabilisation accrues des
femmes et des jeunes par le renforcement
de l’arsenal législatif et réglementaire, et enfin
le soutien aux couches défavorisées de la population.

Propos recueillis par Paul de Manfred

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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