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Entretien – Président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina Faso

« Les créances des banques sur l’économie se sont élevées à 2 666, 1 milliards en 2018 »

Martial Goeh-Akué est à la fois directeur général d’Orabank et président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina Faso (APBEF-BF), qui compte 19 établissements de crédit. Pour lui, au moment où l’industrie bancaire connaît une révolution numérique, le grand enjeu est la cyber-sécurité.

Le Burkina Faso, avec 16 % de croissance du secteur bancaire entre 2016 et 2017, devance la Côte d’Ivoire et ses 14 %. Quels facteurs justifient cette position de Ouagadougou ?

Martial Goeh-Akué : La place du Burkina Faso est dynamique et en constante évolution. C’est véritablement une belle place bancaire au regard de la profondeur du marché, de la qualité des intervenants et des perspectives de croissance économique et sociale de ce pays. Le système bancaire du Burkina Faso est rentable, avec une structure financière solide. Au Burkina Faso, l’activité économique se développe malgré le climat socio-économique caractérisé par la persistance des attaques terroristes entraînant des déplacements internes de populations, ainsi que par la poursuite des revendications sociales dans le secteur public. Mais l’économie du Burkina Faso fait preuve d’une remarquable résilience et les banques, dans ce contexte, jouent efficacement le rôle d’amortisseurs de chocs. Le secteur privé est dynamique au Burkina Faso, et l’agent économique qu’est l’État joue également son rôle d’accompagnateur et de facilitateur afin de rendre le pays attractif pour les investisseurs. Avec les réalisations et des prévisions macro-économiques de croissance supérieures à 6 % du PIB, le Burkina Faso se place dans le peloton de tête des pays à forte croissance de l’UEMOA. Dans ce contexte, le secteur bancaire créateur de richesses et d’emplois ne peut également être que performant. Les établissements de crédit du Burkina Faso sont engagés dans une rude épreuve de compétitivité. Ils font leurs preuves et disposent d’atouts reconnus, tant dans les activités de financement que dans la banque de détail. Et leur réussite est nécessaire à la croissance et à la création des emplois. Notre industrie bancaire
s’adapte donc et se réorganise, ce qui lui permet d’afficher une bonne santé financière. Le système bancaire du Burkina Faso a démontré son admirable capacité de résilience à court terme face à la dégradation des conditions sécuritaires et socio-économiques du pays car il continue à financer tous les compartiments de l’économie. Pour continuer à se développer, les entreprises bancaires et financières ont besoin d’un environnement favorable ainsi que de l’accompagnement des pouvoirs publics. Des avancées notables ont été réalisées en 2019 en matière de relation banque-entreprise, d’inclusion financière, d’accès aux services bancaires par la population, de digitalisation, de mise en oeuvre de réformes et de financement de l’économie, notamment celui des PME, ainsi que de mobilisation de ressources. La solidité de notre  secteur bancaire représente un atout face aux défis à relever. La cohésion et notre engagement constituent un élément-clé de succès pour lever les nombreuses contraintes et entraves à l’exercice de notre noble profession. Á cet égard, la réalisation de notre mission de sauvegarde des intérêts de la profession bancaire est vitale pour le financement de l’économie et l’inclusion financière.

Les banques burkinabè cèdent-elles, comme celles de Côte d’Ivoire, uniquement 4 % des recettes d’exportation à la Banque centrale (BCEAO) au lieu des 80 % prévus par les textes en vigueur ? Les banques installées au Burkina Faso ont le souci du respect des dispositions légales et réglementaires. Á date, aucun établissement bancaire n’est sous sanction. Les niveaux des concours des banques à l’économie sont-ils à la hausse année après année ?

Les créances du système bancaire sur l’économie se sont élevées à 2 666,1 milliards à fin décembre 2018, en hausse de 295,9 milliards (+12,5 %) par rapport à leur niveau à fin 2017. Nous pouvons donc dire que les concours du système bancaire à l’économie progressent de façon régulière.

Quelles sont les actions de l’APBEF-BF en faveur d’un meilleur financement des PME-PMI par les banques de la place ?

Les PME se sont imposées dans toutes les économies modernes comme l’un des principaux vecteurs de la croissance et de la création d’emplois. En effet, elles constituent plus de 80 % des entreprises et 2/3 des emplois. Elles jouent donc un rôle décisif dans la conquête des marchés internationaux. Pour se développer, les entreprises ont besoin de financement. Aussi le financement des PME-PMI constitue-t-il une priorité stratégique pour les banques installées au Burkina Faso. L’APBEF-BF est un acteur majeur du dispositif de soutien au financement des PME-PMI. L’objectif du dispositif est de créer une masse critique de petites et moyennes entreprises performantes en vue d’augmenter la contribution de cette catégorie d’entreprises à la création de richesses. Á cet égard, 18 structures d’encadrement ont été habilitées, et des rencontres d’échange ont été organisées entre les établissements de crédit et ces structures d’appui. Le financement des PME-PMI représente bien, pour la profession bancaire, une priorité au regard de l’importance de ces entreprises dans la création de richesses et d’emplois. La place bénéficie de l’expérience et de l’accompagnement de la Société financière de garantie interbancaire du Burkina (SOFIGIB) pour faciliter l’accès au financement des PME-PMI par l’octroi de garanties. Notons également que les banques ont mis en oeuvre des mesures pour répondre aux attentes de ces entreprises et renforcer la bonne relation entre l’entrepreneur et sa banque, notamment sur les produits de financement à court terme et les crédits d’investissement.

Á la tête de l’APBEF-BF depuis 2017, quelles sont vos priorités ?

L’APBEF-BF a pour mission de promouvoir l’activité bancaire et financière au Burkina Faso. Elle définit les positions et propositions de la profession vis-à-vis des pouvoirs publics et des autorités du domaine économique et financier. Le financement de l’économie est la priorité des banques du Burkina Faso. Notre engagement est de poursuivre le dynamisme de transformation de notre association professionnelle afin d’en faire une organisation efficace au service du financement inclusif de l’économie du Burkina Faso. Actrices-clés de l’innovation, les banques réinventent la relation client, qu’elle soit physique ou digitale, et sont garantes de la sécurité des données et des fonds. Alors que l’industrie bancaire connaît une véritable révolution numérique, la cyber-sécurité est au coeur des enjeux. Les innovations multiples portées par les banques et les acteurs de la fintech doivent se faire dans la confiance, et donc la sécurité, socle de la relation client. Cela nécessite d’avoir des règles et des conditions de concurrence équitables entre tous les acteurs. Avec le renforcement de l’inclusion financière, ce sera le grand enjeu de l’année 2020.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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