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Entretien – Président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes

« Les opérateurs ont réalisé en 2018 des investissements estimés à 70 milliards »

Tontama Charles Millogo, président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (ARCEP), indique que le CA global des trois acteurs de  téléphonie mobile se chiffre à 331 milliards de FCFA en 2018, et que leurs parts de marché en valeur s’élèvent à 45 % pour Orange, 37 % pour Onatel et 18 % pour Telecel.

Comment a évolué le parc d’abonnement global des trois opérateurs de téléphonie sur 2017-2019 et quelles ont été leurs parts de marché en 2019 ?

Tontama Charles Millogo : Le marché de la téléphonie est animé par trois opérateurs titulaires de licences globales (fixe, mobile et Internet) : Onatel, Orange et Telecel. Ce marché est essentiellement  mobile, et le parc total est estimé à environ 20 millions à fin 2019, contre 19 millions en 2018 et 18 millions en 2017, soit une croissance d’environ 14 % entre 2017 et 2019. Ce parc mobile doit cependant être considéré avec son environnement multi-Sim, soit une moyenne de 3 cartes Sim par abonné. Les parts de marché en parc ont évolué de 2017 à 2019 de 42 % à 44 % pour Orange et de 40 % à 42 % pour Onatel. Une légère régression est à noter pour Telecel : de 18 % à 14 %. Les parts de marché en valeur en 2017 et 2018 se décomposent ainsi : Orange 41 % et 45 % ; Onatel 41 % et 37 %, et Telecel 18 % les deux années. Le chiffre d’affaires global de la téléphonie mobile est estimé à 331 milliards de FCFA en 2018, contre 319 milliards en 2017. Les données certifiées de 2019 ne sont pas encore disponibles.

De combien a évolué la contribution des trois opérateurs de téléphonie à l’économie nationale entre 2017 et 2019 ?

La contribution du secteur à l’économie nationale est énorme. En termes d’impôts et taxes, les opérateurs ont payé au Trésor public près 45 milliards en 2018 et 38 milliards en 2017. De 2017 à 2019, les opérateurs ont réalisé des investissements estimés à plus de 57 milliards en 2017, à 70 milliards en 2018 et à presque autant en 2019, sans compter le coût des licences acquises en 2019. Á date, le taux de couverture de la population en service voix est estimé à 92 %, pour un taux de couverture du territoire national de 80 % environ. Pour l’Internet mobile (réseau 3G au moins), ces taux sont respectivement de 48 % et 23,7 %. Outre ces contributions, il y a les nombreuses créations d’emplois directs et indirects, et le secteur informel qui gravite autour de l’économie numérique est assez dynamique. La 4G est une réalité au Burkina Faso depuis 2019.

Deux opérateurs en ont fait l’acquisition, mais à quel coût ?

En effet, courant 2019, deux opérateurs ont obtenu du gouvernement burkinabè des licences technologiques neutres y compris la 4G. La principale innovation est qu’avec l’acquisition de cette licence, les opérateurs sont libres d’utiliser leurs ressources en fréquences radioélectriques pour déployer tout type de technologie, ce qui leur offre une exploitation optimale des ressources en fréquences dont ils disposent. Le coût de cette licence a été fixé à 80 milliards de FCFA par opérateur, pour des ressources dans les quatre bandes de fréquences – 800 ; 900 ; 1 800 et 2100 MHz – et à 55 milliards dans les trois autres bandes hormis la 800 Mhz. La durée de cette licence est de 15 ans, alors que les précédentes, indexées à une technologie 2G ou 3G, avaient une durée de 10 ans.

Quel est votre bilan sur les exercices 2018 et 2019 ?

Les actions réalisées sont nombreuses et ne peuvent pas être toutes évoquées dans cet entretien. Cependant, nous pouvons retenir l’acquisition d’un certain nombre d’outils afin de renfoncer les capacités opérationnelles de l’Autorité dans ses missions de régulation, comme le système d’information géographique (SIG), le système automatisé de gestion du spectre radioélectrique (SPECTRA), deux stations mobiles de contrôle de spectre et de la couverture TNT, la nouvelle chaîne de mesure, audit et benchmark de la qualité de service des réseaux mobiles, la plate-forme collaborative d’évaluation de la qualité d’expérience des abonnés des réseaux mobiles, etc. Concernant la migration vers la TNT, effective depuis le 31 octobre dernier, l’ARCEP y a pris une part active en tant que membre du comité de pilotage.

Quels sont les projets en cours et à court terme ?

Au niveau de la gouvernance de l’Internet, citons l’acquisition et l’implémentation d’une nouvelle plate-forme d’administration et de gestion du nom de domaine « .bf » en vue de simplifier les procédures et d’en promouvoir l’accès. Afin de se conformer aux standards internationaux, la gestion de cette plate-forme a été déléguée à l’ABDI (l’Association burkinabè des domaines Internet) que nous avions aidé à mettre en place. Pour rappel, l’ABDI est un regroupement sous forme associative de l’ensemble des acteurs de l’écosystème de l’Internet. Au niveau de la Poste, la lutte contre l’exercice illégal d’activité postale s’est intensifiée, ce qui a contraint un bon nombre d’acteurs à régulariser leur situation pour se conformer à la réglementation.

Quels sont vos grands chantiers ?

Dans les chantiers en cours, on peut citer l’élaboration d’une feuille de route opérationnelle de développement de l’offre de service haut et très haut débit, l’élaboration d’un programme de desserte des zones blanches dont l’état des lieux a été fait en 2019, la mise en place d’une infrastructure à clé publique PKI au Faso, l’élaboration d’un nouveau cadre légal et réglementaire du numérique et de la Poste, la migration d’IPv4 vers IPv6, et enfin la certification ISO 9001. Notre ambition ultime est de conquérir la confiance des partenaires par nos actions, dans la concertation et la transparence. Á ce titre, nous nous sommes résolument engagés à identifier, comprendre et concilier les besoins pertinents de l’ensemble des parties prenantes intéressées et à mettre en place une organisation interne efficiente, reconnaissante de la valeur humaine, dans un environnement de travail admiré et agréable.

Propos recueillis par Paul de Manfred

Auteur

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