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Entretien – Président de l’Union des grandes entreprises industrielles de Côte d’Ivoire: « Les industriels sont en manque de personnel formé »

Pour Jean-Louis Menudier, à la fois PDG d’UNIWAX et président de l’Union des grandes entreprises industrielles de Côte d’Ivoire (UGECI), composante majeure de la CGECI, principale organisation patronale du pays, si la Côte d’Ivoire veut émerger rapidement, il lui faut une meilleure gouvernance économique du monde des affaires.

Quelles sont les conditions requises pour être l’un des 28 membres de l’UGECI, pourquoi en compte-t-elle seulement 28 et comment fonctionne-t-elle ?

Jean-Louis Menudier : L’UGECI, comme son nom l’indique, est l’Union des grandes entreprises industrielles de Côte d’Ivoire, ce qui inclut les entreprises agro-industrielles.

Pourquoi 28 ?

Simplement parce qu’il n’y a pas beaucoup de grandes entreprises industrielles dans ce pays qui, pourtant, regorge de potentialités puisque de grandes sociétés internationales ont récemment ouvert des filiales en Côte d’Ivoire. Je pense à Heineken et Nexans, qui nous ont fait passer de 23 à 28 entreprises au fil des ans. Les deux critères minimum pour adhérer à l’UGECI sont d’avoir au moins 10 milliards de FCFA de chiffre d’affaires par an et d’exercer une activité industrielle. Nous sommes donc 28, et chaque dirigeant d’entreprise de ce groupe de 28 est d’office administrateur de l’UGECI. Au moment de la création de cette organisation patronale il y a presque douze ans, où nous étions quatre, nous avions la volonté de nous doter d’un outil efficace en matière de défense des intérêts des membres, et où les patrons s’impliquent eux-mêmes. Nous ne voulions pas avoir affaire à des adjoints délégués dans des réunions qui n’en finissent pas, mais souhaitions au contraire que la moindre réunion soit efficace, en présence des patrons en personne qui valident nos décisions. Voici, résumé schématiquement, le mode de fonctionnement de l’UGECI, avec un conseil d’administration qui se réunit quatre fois par an et une assemblée générale qui se tient une fois par an.

Quel mécanisme de financement a été mis en place pour assurer l’autonomie financière de l’UGECI ?

Nous ne fonctionnons qu’avec nos propres cotisations. Nous avons fixé un niveau de cotisations qui correspond à nos besoins : elles sont relativement élevées par rapport à d’autres structures similaires. Aujourd’hui, la cotisation réclamée à chaque membre de l’UGECI est de 10 millions par an. Pour l’année 2019, le budget de fonctionnement pour les 28 membres est de l’ordre de 280 millions de FCFA. Nous sommes d’ailleurs en train de renforcer les capacités du budget de fonctionnement de l’UGECI face aux défis qui se présentent aux industriels d’aujourd’hui, comme les problématiques nouvelles de meilleure protection de l’environnement de façon générale, pas seulement celui du climat des affaires, et qui font appel à de nouvelles compétences comme, par exemple, la formation. L’UGECI a notamment une direction exécutive avec une équipe animée par une directrice exécutive, d’où ce budget certes conséquent mais accepté par tous les membres sans aucun problème.

Quelles sont les relations de l’UGECI avec le gouvernement, notamment en matière de réformes sur l’environnement des affaires ?

L’UGECI est considérée par le gouvernement comme une plate-forme importante et intéressante pour discuter des projets et des problématiques liées aux questions industrielles. Nous sommes très souvent conviés non seulement par le gouvernement, mais aussi par les bailleurs de fonds pour échanger sur les principaux sujets économiques du moment ainsi que sur les perspectives et les nouveaux textes de lois, et pratiquement toujours en parallèle avec la CGECI.

Quels sont les secteurs les plus attractifs pour l’investisseur potentiel ?

C’est bien évidemment le secteur agricole. Il faut absolument que l’on fasse ce que l’on rêve tous de faire ici depuis tant d’années : transformer notre matière première. Arrêter de vendre des matières premières à des cours fixés de façon que je ne souhaite pas qualifier. Franchement, la Côte d’Ivoire a des atouts et les capacités de parvenir à la transformation. Certes, parfois, nous n’avons pas toutes les conditions pour lancer les processus de transformation, mais le gouvernement se doit de jouer son rôle en améliorant le climat des affaires afin de rassurer davantage l’investisseur potentiel qui serait intéressé pour venir développer une transformation agricole industrielle en Côte d’Ivoire. En outre, il faudrait aussi faire en sorte de pérenniser l’activité de ces investisseurs : on ne peut pas faire venir un investisseur et changer les règles du jeu pendant sa période d’installation. Globalement, cela participe d’une amélioration générale du climat des affaires qui a déjà, on doit aussi le reconnaître, bien évolué ces sept dernières années. Mais il faut accélérer le processus si l’on veut émerger rapidement : il nous faut une meilleure gouvernance économique du monde des affaires afin de rassurer les investisseurs potentiels sur la sécurité de leurs investissements et sur les personnes qui s’en occupent.

En termes d’employabilité et de formation continue, dans quels secteurs se situent les demandes les plus fortes ? Existe-t-il des structures adaptées pour répondre au mieux aux besoins des entreprises ?

Je pense qu’il y a une grosse lacune dans le domaine de la formation. Ce n’est pas nouveau. Le fossé a continué à se creuser ces dernières années. J’ai le sentiment que l’on n’a pas fait les efforts nécessaires depuis la dernière crise que l’on a connue, y compris durant la période post-crise, pour remettre à niveau le secteur de la formation et le développer en rapport avec les attentes des entreprises. Les industriels sont en manque de personnel formé. Certains, comme chez UNIWAX, société que je dirige, ont créé leur propre centre de formation en interne. Mais ce n’est pas la bonne réponse ni la solution pour le long terme. Il faut qu’il y ait des structures dédiées de manière plus générale aux métiers de l’industrie. Certes, ce sont des processus qui se mettent actuellement en place. On observe que certains programmes du Millennium Challenge Corporation (MCC) sont consacrés à l’employabilité des jeunes et à la productivité des entreprises. À l’UGECI, nous projetons de soumettre, dans le cadre de ces programmes, un projet de centre de formation dédié aux métiers de l’industrie. Nous avons grand besoin de tous ces métiers de base de l’industrie : électriciens, fraiseurs, automaticiens, instrumentistes, etc. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de mal à trouver cette main-d’oeuvre de bonne qualité.

Croyez-vous en la Côte d’Ivoire ?

Oui, j’y crois fermement. Je suis ivoirien et fier de l’être. Je pense qu’on va y arriver. C’est une question de volonté commune du plus grand nombre. Mais la clé du succès de notre pays reste l’amélioration de la gouvernance économique et la lutte contre l’impunité à tous les niveaux.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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