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Entretien – Président directeur général d’AVENI-RE « 2019-2021: nous intensifions notre action en zone CIMA »

En 2019, parmi les priorités de Seybatou Aw, PDG d’AVENI-RE, figurent le lancement des travaux de construction du futur siège social et l’obtention d’une note satisfaisante par une agence de rating de renommée internationale.

Peut-on avoir les grandes tendances du résultat net du
réassureur de proximité AVENI-RE en 2018 par rapport
à 2017 ? Dans le même ordre d’idées, qu’en est-il du
bilan 2017 par rapport à 2016 ?
Seybatou Aw : Il serait prématuré de communiquer pour
le moment sur nos chiffres de l’exercice 2018, étant
donné que les chiffres publiables doivent être certifiés par
le commissaire aux comptes et validés par l’assemblée
générale des actionnaires. Pour ce qui est de l’exercice
comptable clos au 31 décembre 2017, il affiche un résultat
net bénéficiaire de 1,551 milliard de FCFA, contre
1,202 milliards de FCFA en 2016, malgré des provisions
importantes sur risques de recouvrement de créances
en vertu du principe de prudence. Cette prudence a été
fortement appréciée par les actionnaires. Le résultat
net induit un ratio « résultat net sur chiffre d’affaires »
de 9,48 % et un ratio « résultat net sur fonds propres »
de 9,69 %. Enfin, l’exercice clos au 31 décembre 2017
affiche un résultat technique de 5,683 milliards de FCFA,
contre 2,920 milliards en 2016.
Sachant qu’AVENI-RE intervient dans les programmes
de réassurance de plus d’une centaine de compagnies,
dans quelles proportions ses actions sur son marché
de base, la CIMA, ont-t-elles été intensifiées en 2017
et 2018 ?
Entre 2017 et 2018, nos actions majeures dans la zone
CIMA (Conférence interafricaine des marchés d’assurances)
ont concerné la diversification du portefeuille et
le recouvrement des impayés de primes qui constituent
encore le maillon faible de notre stratégie. Ensuite, nous
avons poursuivi l’opération d’augmentation du capital
social décidée par l’assemblée générale en 2016, à
savoir porter le capital social à 22 milliards. C’est ainsi
que nous l’avons porté à 10 milliards en 2016 puis à 16 milliards en 2017. Nous espérons boucler l’opération
à 22 milliards dans un avenir proche.
Qu’en est-il de votre déploiement avec l’ouverture de
plusieurs bureaux de souscriptions ?
Pour ce qui est de l’ouverture des bureaux, c’est une
action inscrite dans notre plan de développement.
Depuis 2012, nous avons accentué nos actions sur le
marché MENA avec l’ouverture du bureau de Tunis,
en Tunisie. Dans notre plan stratégique 2019-2021,
il est prévu d’intensifier progressivement notre action
commerciale en zone CIMA. Cette extension devra se
poursuivre avec l’ouverture de bureaux de représentation
dans la zone anglophone.
En qualité de dirigeant d’une compagnie régionale de
réassurance, comment analysez-vous le taux de pénétration
de l’assurance estimé à 1,7 % en Côte d’Ivoire
alors que le chiffre d’affaires global du marché plafonne
à plus de 330 milliards de FCFA ?
Il est à déplorer une perception négative jusqu’alors
entretenue par les populations vis-à-vis de l’assurance.
Bien sûr, cette perception se trouve renforcée par certaines
pratiques jugées peu orthodoxes dans le secteur
et qui ne militent pas en faveur d’une bonne image de
l’assurance en Afrique. Mais l’on constrate aussi une
insuffisance de culture de l’assurance, un déficit de communication
en la matière et surtout un problème de
pouvoir d’achat des consommateurs, car l’assurance
reste encore perçue pour beaucoup comme un produit
de luxe. Autant de facteurs pouvant expliquer cette
faible pénétration de 1,7 %, contre 3 % pour l’ensemble
du continent.
Quelles sont les actions à mener pour faire en sorte que
les populations aient le réflexe de s’assurer ?
Parmi les actions à même de renforcer le réflexe de s’assurer
chez les populations jusqu’alors méfiantes à l’endroit
des assureurs, je pense qu’il y a tout d’abord le respect
des engagements pris, c’est-à-dire le paiement des sinistres
dans les meilleurs délais. Ensuite, il faudrait accentuer
la communication sur l’importance de l’assurance dans
la sécurité du bien et des personnes. Par ailleurs, les
assureurs devraient saisir les opportunités qu’apporte
la mutation de l’environnement technologique, avec
la digitalisation prononcée des opérations et la dématérialisation.
L’élargissement de la palette des risques
obligatoires et la mise sur pied de mesures incitatives à
la souscription pourraient aussi militer en faveur d’une
croissance du taux de pénétration dans la zone.
Que pensez-vous de la décision de la CIMA de relever
le capital minimum des compagnies de 1 à 5 milliards
de FCFA d’ici à 2021, ce qui, selon FINACTU, devrait
conduire à une reconfiguration du secteur dans tous les
pays concernés ?
Effectivement, depuis avril 2016, le Conseil des
ministres de la CIMA a décidé de faire passer le capital
minimum des sociétés d’assurances de la zone de
1 à 3 milliards de FCFA dès le 31 mai 2019, puis à
5 milliards en 2021. Cette décision visait, selon l’organe
de régulation, à assainir le secteur et à renforcer les
fonds propres des compagnies d’assurances afin de leur
permettre de jouer efficacement leur rôle premier, qui
est la protection des assurés. Cela dit, les intentions du
régulateur sont louables en ce sens qu’il s’agit d’une
part de la pérennité des compagnies d’assurances et
d’autre part de la protection des consommateurs des
produits d’assurances.
Mais ne va-t-on pas assister à une disparition des plus
petits acteurs ?
Lors de la 43e Assemblée générale de la FANAF de
février 2019 en Tunisie, la CIMA a signalé que plus
50 % des compagnies d’assurances de la zone s’étaient
déjà conformées au minimum de capital exigible en
mai 2019, c’est-à-dire 3 milliards de FCFA. Mais près
d’une moitié des compagnies d’assurances n’était pas
encore en règle avec l’objectif de 3 milliards de FCFA,
et les raisons de cette situation peuvent être soit la
faible rentabilité des fonds propres qui rend difficile la
mobilisation des ressources par les investisseurs, soit
la peur de perdre le contrôle à force de solliciter des
capitaux extérieurs dans des entreprises dont le capital
a souvent une forte coloration familiale.
Que deviendront les petits marchés, où le CA global ne
dépasse même pas les 5 milliards de FCFA ?
Face à cette situation, les supputations vont bon train.
Mais ce qui est évident, c’est que le relèvement du capital
peut contribuer à une redistribution des cartes du secteur
en Afrique subsaharienne, et que selon certains observateurs,
les petits marchés comme celui de la République
centrafricaine pourraient s’en voir exclus, à moins d’une
dérogation spéciale du régulateur en vue de les protéger.
Pour 2019, en votre qualité de PDG d’AVENI-RE, quels
sont vos objectifs et actions prioritaires ?
Les actions prioritaires à mener par AVENI-RE en
2019 sont celles inscrites dans notre plan stratégique
2019-2021, c’est-à-dire le bouclage de la dernière phase
d’augmentation de notre capital social à 22 milliards
de FCFA, le lancement des travaux de construction de
notre siège social, l’obtention d’une note satisfaisante
par une agence de rating de renommée internationale, et
enfin l’accès à des marchés traditionnellement difficiles
à pénétrer sans cette notation.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

EA Magazine

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