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Entretien – Représentant résident du FMI en Guinée

« On note une amélioration de la transparence et du contrôle budgétaires »

Salifou Issoufou, représentant résident du Fonds monétaire international (FMI), indique qu’avec l’appui de son institution, la Guinée a adopté en 2018 une nouvelle  nomenclature budgétaire conforme au manuel des statistiques des finances publiques (MSFP) 2001 du FMI. Cette disposition vise à renforcer les rapports sur l’exécution budgétaire.

Au mois d’octobre dernier, le FMI est parvenu à un accord sur le 4e examen du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) avec la Guinée. Peut-on avoir un aperçu des principaux axes des programmes appuyés par cette FEC ?

Salifou Issoufou : Le programme économique et financier 2017-20 appuyé par la FEC a été approuvé  par le conseil d’administration du FMI le 11 décembre 2017. Il vise à assurer une croissance forte et  généralisée ainsi qu’à réduire la pauvreté tout en préservant la stabilité économique. Ce programme  appuie le Plan national de développement économique et social 2016-2020 (PNDES). Il vise aussi à renforcer la résilience macroéconomique, à accroître l’investissement public porteur de croissance tout en préservant la viabilité de la dette, à renforcer les dispositifs de protection sociale et à promouvoir le développement du secteur privé. La Guinée participe au programme pilote de renforcement des capacités mis en place par le FMI en faveur des pays fragiles : une assistance technique ciblée du FMI aide les autorités à atteindre les objectifs du programme. La 4e revue de ce programme porte sur la performance par rapport aux objectifs à fin juin 2019. À la suite des discussions entre les autorités guinéennes et les services du FMI à Conakry du 1er au 12 octobre 2019 et à Washington lors des assemblées annuelles 2019 du FMI, un accord au niveau des services du FMI a été atteint sur cette 4e revue. Sous réserve de l’approbation de la direction du FMI, l’accord devrait être soumis au conseil d’administration du FMI en décembre 2019. Ce n’est un secret pour personne, la Guinée est marquée par une faible capacité de mobilisation des ressources nationales : la pression fiscale ne dépasse pas les 13 % du PIB.

La création de la Mission d’appui à la mobilisation des ressources internes (MAMRI) pourra-t-elle sur le long terme changer cette donne ?

La mobilisation des ressources intérieures est importante pour créer l’espace budgétaire nécessaire en vue d’accroître les dépenses en investissements publics porteurs de croissance et les dépenses sociales destinées à réduire la pauvreté. Dans le cadre du programme actuel appuyé par la FEC, les autorités guinéennes ont entrepris une série de réformes de politique et d’administration fiscales afin de mobiliser davantage les recettes fiscales. À date, des résultats ont été atteints et des efforts similaires doivent continuer à être fournis pour atteindre les objectifs du programme. Parmi les résultats atteints, citons entre autres la signature des contrats de performance entre le ministère du Budget et la Direction nationale de Impôts ainsi que la Direction générale des Douanes pour atteindre des objectifs de  mobilisation de recettes fiscales, l’institution du paiement des taxes par virement, la réduction progressive des exonérations fiscales, l’opérationnalisation du Guichet unique du commerce extérieur, et enfin la mise en place des centres de gestion agréés en vue d’encourager la formalisation du secteur informel et élargir ainsi l’assiette fiscale. En outre, comme dans beaucoup de pays, les efforts de mobilisation de recettes fiscales ont besoin d’une impulsion politique. C’est dans ce contexte que la nouvelle cellule, la MAMRI, a été créée début 2019 au sein du cabinet du Premier ministre pour apporter une impulsion politique essentielle à la mobilisation de recettes et assurer la poursuite de réformes propres à renforcer les administrations fiscales. Banque mondiale et FMI ont constaté en 2018 des écarts budgétaires entre le ministère du Budget et la Banque centrale.

Connaissant votre expertise et votre position, comment comptez-vous sensibiliser les autorités locales sur les conséquences de l’existence de ces « trous noirs » ?

Il y a eu des progrès significatifs dans le cadre de l’amélioration de la transparence et du contrôle budgétaires ainsi que de la gestion de la trésorerie. Avec l’appui du FMI, les autorités guinéennes ont adopté en 2018 la nouvelle nomenclature budgétaire conforme au manuel des statistiques des finances publiques (MSFP) 2001 du FMI. Elle a été mise en oeuvre pour l’exécution du budget 2018. Un manuel de procédure d’exécution du budget a aussi été préparé en début d’année, puis approuvé et validé en juillet dernier, pour renforcer la qualité de l’exécution budgétaire et la qualité des rapports sur l’exécution budgétaire. Le raffermissement du Compte unique du trésor (CUT) créé en début d’année ainsi que l’extension de son périmètre renforceront la transparence, le suivi budgétaire et la gestion de trésorerie. À cette fin, des comptes des entités d’administration publique (EPA) détenus dans des banques commerciales du périmètre de Conakry avaient été fermés et un compte centralisateur ouvert auprès de la Banque centrale afin de consolider les comptes situés dans le périmètre du CUT. Le raffermissement du CUT continue avec l’assistance technique du FMI.

Quelles vont être vos priorités durant votre mandat à la tête du FMI en Guinée ?

Il est extrêmement important pour moi de continuer à entretenir des relations étroites et fructueuses avec les autorités guinéennes. C’est absolument nécessaire pour le bon suivi et le succès du programme triennal qui s’achève en 2020. J’estime aussi que le renforcement des capacités à travers les échanges entre les pairs, notamment concernant la gestion du cadrage macroéconomique, est une chose que les pays comme la Guinée doivent continuer à exploiter, et je compte utiliser mon expérience dans ce domaine pour l’aider. Il est également important pour moi de continuer à écouter toutes les parties prenantes sur le développement économique en Guinée et les réformes y afférentes à travers des missions de sensibilisation auprès de la société civile, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers, y compris le corps diplomatique.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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