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Face à la baisse d’activité de la filière uranium, quelle alternative ?

En dépit de la mauvaise conjoncture du marché international de l’uranium, quelques nouveaux permis d’exploration minière ont été octroyés en 2017. Ce qui n’empêche pas le Niger à réfléchir à d’autres alternatives. Ces 7 dernières années, 8 compagnies se partageaient 88 % du marché de l’extraction d’uranium dans le monde. Parmi elles, les trois plus importants producteurs sont Cameco (Canada), Areva (France) et Kazatomprom (Kazakhstan). Toutes ces grandes compagnies sont nées de pays possédant les plus grandes réserves d’uranium naturel, à l’exception d’Areva. Cette dernière s’est en effet développée dans cette activité minière pour répondre à la forte demande du parc nucléaire français qui, avec 59 réacteurs, est le deuxième au monde derrière celui des États-Unis (99 réacteurs), et qui fournit plus de 70 % du total de l’électricité produite dans le pays. C’est dire à quel point un pays comme le Niger, 4e producteur mondial, détient une position stratégique en tant que fournisseur de matière première énergétique à la France. En outre, depuis des décennies, le sous-sol nigérien demeure très convoité, au point d’attirer toujours des investisseurs. Certes, comme le fait observer Hassane Barazé Moussa, ministre des Mines (lire son interview p. 116-117), « la conjoncture défavorable marquée par la morosité du marché des produits miniers a ralenti l’essor du secteur minier ces deux dernières années ». Nonobstant cette conjoncture, on a quand même observé en 2017 l’octroi de nouveaux permis d’exploration minière par le gouvernement nigérien. Les bénéficiaires sont quatre exploitants miniers : le Suisse Endeavour Financial AG, qui a obtenu trois permis d’exploitation d’uranium dans la région d’Agadez et s’est engagé à investir dans les trois ans plus de 3 millions de dollars, le Turc Turquie Afrique Développement, qui a bénéficié d’un permis d’exploitation d’une superficie de 188,7 km2 dans la région de Tillabéry et s’est engagé à investir d’ici à 2020 une enveloppe de 2,5 millions de dollars, le Nigérien Jabalur Gold Resources Sarl, qui envisage de lever le même montant, et enfin le Canadien
Goviex Niger Holding Ltd, qui s’est engagé à investir près de 4 millions de dollars. Rappelons qu’Areva est présent depuis plus de 50 ans au Niger et exploite dans la région d’Arlit, une ville à 240 km au nord d’Agadez, la porte du désert, deux sites miniers : Somaïr et Cominak. Le premier, une mine à ciel ouvert dont l’État nigérien est propriétaire à hauteur de 36,4 % du capital, existe depuis 1971. Il a produit 2 164 tonnes d’uranium en 2016, à raison de 2 à 3 kilos de minerai par tonne dégagée. Le second, exploité également depuis 1971 par la SOPAMIN (lire l’interview de son directeur général p. 118-119), appartient à Areva à près de 64 % du capital et au Niger à 36 % via la société SOPAMIN, qui possède plusieurs gisements d’uranium dans le nord-ouest du pays. Par ailleurs, les dirigeants du pays fondent des espoirs sur le troisième site, Imouraren, considéré par Areva comme l’un des gisements uranifères les plus importants au monde. Mais il faudra attendre une conjoncture favorable avant de véritablement l’exploiter. En effet, après la catastrophe de Fukushima au Japon, les 54 réacteurs nucléaires japonais ont été mis à l’arrêt. Aujourd’hui, cinq seulement sont en service. Sachant que l’Allemagne a également annoncé l’arrêt de son activité nucléaire à l’horizon 2022, l’uranium abonde sur le marché, et son prix a donc fléchi. Il a même été divisé par deux et atteint 20 dollars la livre, loin de son record de 2007 à 135 dollars. Une tendance qui devrait conduire le Niger à trouver d’autres alternatives pour pallier cette baisse d’activité que connaît sa filière uranium…

Louise Bibalou-Durand

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EA Magazine

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