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Ministère de l’Agriculture et du Développement rural: La France devrait revoir à la baisse son soutien au PNIA 2

En 2017, la balance commerciale entre la France et la Côte d’Ivoire est en faveur de cette dernière avec des importations françaises de l’ordre de 749 millions d’euros, contre des exportations s’élevant à seulement 302 millions d’euros.

Lors du Salon international de l’Agriculture (SIA) qui s’est déroulé à Paris du 23 février au 3 mars 2019, une forte délégation conduite par Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre de l’Agriculture,
représentait la Côte d’Ivoire. À un pavillon riche présentant la diversité des produits agro-alimentaires s’est ajoutée une journée entière dédiée au potentiel et au dynamisme agricoles ivoiriens (+ 10 % en 2017) durant laquelle les officiels ivoiriens n’ont évidemment pas manqué de louer la qualité de leur propre salon de l’agriculture, SARA (1), où la France est d’ailleurs attendue en qualité de pays d’honneur (lire notre article p. 120). La coopération agricole entre les deux pays était au coeur des débats de la conférence donnée par le ministre Sangafowa aux côtés de son homologue français Didier Guillaume. Lors de cette conférence, le ministre français de l’Agriculture a évoqué le déséquilibre de la balance commerciale bilatérale en faveur de la Côte d’Ivoire avec, en 2017, des exportations françaises de produits agricoles vers Abidjan s’élevant à 302 millions d’euros et concernant essentiellement le tabac, les céréales, les boissons et les produits laitiers, tandis que les importations de Côte d’Ivoire vers la France se chiffrent à 749 millions d’euros et concernent essentiellement le cacao et les fruits. La France n’est que le cinquième client de la Côte d’Ivoire mais son premier fournisseur. En 2012, le premier Programme ivoirien d’investissement agricole (PNIA) couvrant la période 2012-2017 a fortement mis en lumière la coopération bilatérale en matière agricole car Paris l’a financé à plus de 80 % de l’ensemble des financements bilatéraux, se positionnant comme premier bailleur avec une ligne de budget de 224,612 milliards de FCFA (soit 314,4 millions d’euros) dans le cadre d’un contrat de désendettement et de développement (C2D).  Néanmoins, il semble que pour le PNIA 2 couvrant la période 2018-2025 et coûtant 11 905 milliards de
FCFA, le financement français soit loin d’être assuré dans les mêmes proportions. Réagissant pendant le SIA à cette baisse prochaine de la contribution française sur le PNIA 2, le ministre Sangafowa s’est voulu malgré tout optimiste : « Il faut déjà se féliciter de la contribution de la France au PNIA 1, qui a quand même duré cinq ans. Au SIA, nous avons montré que, en termes de contributions bilatérales, la France avait été le premier partenaire de la Côte d’Ivoire. Elle représentait à elle seule plus de 80 % des contributions bilatérales, reposant essentiellement il est vrai sur le C2D. Puisque la France était la principale source de contribution bilatérale de la Côte d’Ivoire sur le PNIA 1, on peut en effet craindre que sa contribution puisse baisser pour le PNIA deuxième génération. » Cette inquiétude du ministre ivoirien est légitime dans la mesure où les besoins en financement du PNIA 2 sont énormes. Durant son séjour parisien, et profitant de l’opportunité que lui offrait le SIA, Mamadou  Sangafowa a pu rencontrer Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, évoquant avec lui la seconde tranche du financement du PNIA 2. Les deux hommes se connaissant déjà du fait des liens noués lorsque l’actuel grand argentier français était ministre de l’Agriculture, Mamadou Sangafowa espère donc que Paris pourra revenir sur sa baisse de financement au PNIA de deuxième génération. « J’ai bon espoir que, indépendamment du C2D, sur le PNIA de deuxième génération, la France pourra continuer de nous accompagner comme elle l’a fait sur le PNIA1. Ceci d’autant plus que, sur la deuxième génération, la problématique est vraiment la transformation structurelle de notre modèle de production, à savoir moderniser les productions, faire en sorte qu’elles soient respectueuses de l’environnement et préservent les ressources naturelles, mais surtout qu’une bonne partie de la valeur ajoutée soit réalisée localement. »
En effet, le PNIA 2 touche plusieurs aspects, dont celui de l’accès aux services financiers et bancaires des petits producteurs, mais aussi des projets prioritaires relatifs à la création de la plate-forme de commercialisation des fruits et légumes ainsi qu’à celle de la Bourse des matières agricoles. Évoquant également, lors de cette conférence, un chantier cher au président Ouattara, à savoir la question des capacités de transformation locale de son pays, le ministre a révélé un fait très peu connu de l’opinion : « La Côte d’Ivoire est le premier pays broyeur de cacao au monde, donc la première transformation du cacao au monde se fait en Côte d’Ivoire. »

Louise Bibalou-Durand

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