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Opposition – Présidentielle 2020 Cellou Dalein Diallo joue à quitte ou double

Battu aux présidentielles de 2010 et de 2015, le chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo sait que si Alpha Condé se représente en 2020 – après changement de la Constitution –, ses chances d’être élu président de la République se réduiraient comme peau de chagrin.

L’obstacle de taille que doit surmonter Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition et leader de l’UFDG, est l’exploitation à ses dépens par ses adversaires de la notion d’ethnocentrisme, dont ils remplacent le sens large de « tendance d’une société, d’une ethnie à se considérer comme le centre du monde » par une définition plus étroite de « tendance d’une ethnie à cultiver le repli identitaire et l’exclusion communautariste ». L’exploitation politique de l’ethnocentrisme a abouti à une stigmatisation de la communauté peule qui dénonce, à son tour, la victimisation dont elle fait l’objet. Il résulte de cette structuration des rapports sociaux un sentiment de méfiance, voire de défiance, préjudiciable à un vote en faveur de l’UFDG. Le défi est donc important, car M. Diallo doit apporter à ce blâme « explicite ou implicite » de délit d’ethnocentrisme une réponse idoine alors même que le sujet est délicat, sensible. Mais le jeu en vaut la chandelle. Après la révolution, sous le régime du président Lansana Conté de 1984 à 2008, les hommes d’affaires peuls qui avaient fui les « pogroms » du parti-État pour s’exiler en Afrique ou ailleurs sont revenus et se sont largement investis dans les affaires, tous secteurs de l’économie confondus. Bénéficiant à la fois d’une longue pratique de l’économie libérale dans leurs différents pays d’accueil et du laxisme de l’administration fiscale guinéenne, ils prospèrent face à des compatriotes souvent confinés dans l’informel et dont le dynamisme entrepreneurial est handicapé par la logique de l’économie socialiste dont ils sont coutumiers. L’emprise des Peuls sur l’économie nationale s’affirme rapidement, puis se raffermit au fil des ans depuis 1984. Cette tendance haussière de l’hégémonie des opérateurs économiques de Moyenne-Guinée suscite alors de la jalousie, puis des frustrations et enfin des récriminations de la part de leurs concurrents des autres communautés, certes, mais aussi d’une importante frange de la population. Cette réussite économique, qui est aussi bien celle des grands opérateurs que des moyens et petits commerçants, intervenue sous un président qui n’est pourtant ni des leurs, ni de leur région naturelle, a produit un effet boomerang inattendu : une levée de boucliers contre ce que certains considèrent comme une oppression économique peule et qui plombe l’UFDG, notamment lors des consultations électorales. S’affranchir des blâmes de « délit d’ethnocentrisme » et « d’oppression économique » probablement issus d’un procès d’intention constitue un défi électoral majeur à relever, car ces accusations deviennent, entre les mains des  adversaires de Cellou Dalein Diallo, des instruments de campagne imparables vis-à-vis d’électeurs dont beaucoup sont indigents, sensibles et poreux. Associés dans un argumentaire électoral raffiné, ces deux stéréotypes peuvent devenir des obstacles rédhibitoires dans l’ascension vers le palais présidentiel de Shekoutoureya. Á n’en pas en douter, le président de l’UFDG et son entourage ont compris ces paramètres et envisagent les solutions appropriées. Les velléités de l’actuel chef de l’État de solliciter un troisième mandat après un changement de la Constitution au moyen d’un vote référendaire ou parlementaire sont considérées par M. Dalein Diallo et ses partisans comme une épreuve à craindre. Les caciques de la majorité présidentielle évoquaient vaguement, il y a un an, l’éventualité de ce troisième mandat pour l’actuel locataire de Sekhoutoureya au terme de ses deux quinquennats constitutionnels. Mais comme la Constitution ne présente aucune faille pour une telle initiative, ils préconisent depuis le début de l’année l’élaboration d’une nouvelle Constitution qui « oublierait » les deux mandats déjà assumés par M. Alpha Condé. Les principaux partis de l’opposition (UFDG, UFR, PADES, etc.) et une importante frange de la société civile (PECUD, Balai Citoyen, etc.) s’opposent à cette démarche qu’ils qualifient d’anticonstitutionnelle et taxent de déni de démocratie. Si elle réussit, les chances de Cellou Dalein Diallo et des autres challengers tels que Sidya Touré et Lansana Kouyate d’être élus présidents de la République se réduiraient comme peau de chagrin en 2020, voire au-delà. Comme disait le président gabonais Omar Bongo Odimba : « En Afrique, un président n’organise pas des élections pour les perdre ». Pour ces prétendants, l’idée de la candidature d’Alpha Condé en 2020 est tout simplement inacceptable. Ils s’engagent à la combattre par tous les moyens, y compris les manifestations de rue. Pour remporter la présidentielle de 2020, le chef de file de l’opposition devra donc affronter de nombreux et importants défis, dont le moindre n’est pas la candidature de l’actuel président. Empêcher l’opportunité de cette candidature est au coeur de la bataille électorale de l’UFDG et de son leader, qui n’entend certainement plus se laisser rouler dans la farine comme en 2010 et en 2015, car « chat échaudé craint l’eau froide », dit l’adage.

Abraham Kayoko Doré

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