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Primature: Ibrahima Kassory préfère « l’impopularité à l’irresponsabilité »

Après un an de gouvernance, le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana évoque une série d’initiatives, parmi lesquelles une nouvelle Constitution et l’inclusion économique et sociale à travers l’ANIES.

Á moins de deux ans de la fin de son quinquennat, le président Alpha Condé a fait appel à Ibrahima Kassory Fofana en le nommant Premier ministre en mai 2018. C’est donc à lui, considéré comme « fin politique » malgré le même profil de technocrate que son prédécesseur Mamady Youla, qu’a été confiée la lourde charge de coordonner l’action gouvernementale en assurant le dialogue social avec les acteurs politiques de l’opposition et de la société civile, ainsi que de conduire à son terme tous les grands chantiers présidentiels, dont l’un des plus importants, semble-t-il, est la modernisation des institutions via une réforme constitutionnelle. Concernant l’éventualité d’une nouvelle constitution, le Premier ministre Kassory Fofana a été clair le 30 mai dernier à Conakry lors d’une conférence de presse consacrée au bilan de sa gouvernance des douze derniers mois, et n’a pas mâché ses mots en affirmant être favorable au changement de la loi fondamentale. « La Constitution garantit la libre opinion. Qu’on soit d’accord ou pas d’accord sur les sujets, il faut que les Guinéens s’expliquent. La Constitution change au rythme des mutations sociales. En tant que citoyen, j’ai posé la question au gouvernement, individuellement, en invitant chaque ministre à se prononcer sur le principe d’une nouvelle Constitution.
La réponse est unanime : il n’y a pas de doute », a indiqué le Premier ministre.

Et pourquoi ?

« Nous avons une Constitution qui consacre une douzaine d’institutions républicaines dont le fonctionnement, en termes de coût, est très lourd pour les jeunes démocraties que nous sommes. Donc à la question d’une nouvelle Constitution, en tant que citoyen, je réponds oui. En tant que gouvernant, je dis oui », a-t-il déclaré, rappelant au passage que tous les membres de son gouvernement partageaient sa position. Lors de cette intervention, évitant de céder à l’autosatisfaction, le chef du gouvernement n’a pas manqué de faire le point sur une série de thèmes au rang desquels l’amélioration de la gouvernance, avec un accent mis sur la lutte contre la corruption et l’impunité. Sur ce point, beaucoup se souvenaient que lors de sa déclaration de politique générale devant les députés au Parlement au lendemain de sa nomination en juin 2018, le nouveau Premier ministre annonçait un coût de la corruption et des détournements de l’ordre de 600 milliards de GNF par an dans son pays. Un fléau qu’il jurait de combattre. En un an pourtant, les scandales financiers se sont multipliés, à l’exemple des 4 milliards de GNF qui se sont mystérieusement volatilisés des caisses de la SOGEAC (Société de gestion et d’exploitation de l’aéroport de Conakry Gbessia). Le Premier ministre a répondu : « Les réformes sont difficiles à mener en Guinée, mais nous restons fidèles à nos engagements et nous ne ménagerons aucun effort dans la poursuite de cette lutte essentielle pour le pays. Á ce titre, je soulignerai que le cadre institutionnel de lutte contre la corruption a été restructuré et renforcé. Les corps de contrôle, à travers l’Inspection d’État, l’Inspection des Finances et des ministères sectoriels, ont été réactivés. Les premiers résultats issus des audits menés ont donné lieu à un début de sanctions des fonctionnaires incriminés, avec des poursuites judicaires sanctionnées par des condamnations. C’est un combat qui requiert la conjugaison d’efforts de tous, y compris de la police pour les investigations, de la presse pour l’information objective des citoyens et de la justice pour l’application rigoureuse de la loi. De plus, ce n’est pas le travail d’un jour ou une action qu’un homme seul peut réussir : la pratique étant très ancienne et ancrée dans les moeurs, les résistances aussi sont réputées nombreuses et fortes. ». Sur d’autres préoccupations dont la sécurité, la paix et la quiétude sociale, le développement des infrastructures socio-économiques de base (énergie, routes, télécommunications, logements sociaux, etc.), l’emploi des jeunes et l’autonomisation des femmes, l’assainissement et la salubrité publique, les initiatives présidentielles visant le développement de l’agriculture à travers des filières à valeur ajoutée ou encore la répartition inclusive de la richesse nationale, ce qu’il est convenu d’appeler, selon lui, le partage équitable de la prospérité, le gouvernement de M. Kassory est à la manoeuvre. L’une de ses ambitions porte sur « le projet novateur du chef de l’État qui affecte 15 % des revenus miniers au financement du développement des collectivités locales, avec pour organe d’exécution l’Agence nationale de financement des collectivités. C’est un programme ambitieux de plus de 700 milliards de GNF visant à impulser une dynamique de développement économique à la base en créant des emplois et en stimulant l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes dans tout le pays. Plus de 700 projets d’infrastructures mobiliseront près de 700 PME et près de 500 jeunes encadreurs pour le suivi des projets sur l’ensemble des 342 communes urbaines et rurales. »

Enfin, une autre initiative porte sur l’inclusion économique, financière et sociale à travers l’ANIES (Agence nationale d’inclusion économique et sociale (lire l’interview de sa directrice générale, p. 50-51). L’objectif ?

« Extraire de l’extrême pauvreté 40 % des Guinéens, soit 5 millions de nos concitoyens, à l’horizon 2025 », a indiqué le Premier ministre. Comme Georges Pompidou, il affirme qu’il « préfère l’impopularité à l’irresponsabilité », estimant qu’à notre époque, il reste possible de changer son image et de convertir l’opinion, mais que l’histoire a montré maintes fois qu’il est parfois impossible de rattraper des erreurs liées à l’hésitation des dirigeants pendant les heures graves de la vie des nations. Pour lui, ce bilan au bout d’un an de gouvernance et les perspectives en cours s’inscrivent dans la vision de son président, qui a à coeur d’oeuvrer pour une Guinée émergente.

Paul de Manfred

 

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