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Programme national de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement

Restaurer la paix et redéployer une armée républicaine sur l’ensemble du territoire, voilà ce à quoi s’était engagé le chef de l’État, et il a travaillé sans relâche à la mise en oeuvre du Programme national de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement (PNDDRR).

Le 11 novembre 2020, le président Faustin-Archange Touadéra présidait à Nzila, village situé à 15 km de Bangui, la cérémonie d’envoi en formation de 292 jeunes éligibles à l’intégration dans les forces armées centrafricaines (FACA), la gendarmerie nationale et la police centrafricaines. Un événement historique qui a drainé du beau monde, qu’il s’agisse de membres du gouvernement, de leaders politiques, de diplomates ou de hauts responsables d’organisations internationales. Fait notable, les élus du jour sont des éléments des groupes armés qui ont un temps essaimé à travers le territoire centrafricain. « Vous ne dépendez plus de vos mouvements respectifs, mais vous dépendez de l’état-major de l’armée nationale. Désormais, vous êtes appelés à servir la nation en digne fils de la République. Saisissez cette opportunité pour rentrer définitivement dans la République », a enjoint le président Touadéra aux recrues dans une ambiance chargée d’émotion. Pour le chef de l’État, il s’agit d’un pas de plus, un pas décisif dans la mise en oeuvre du Programme national de désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement (PNDDRR). Mais surtout, il a concrétisé là l’un des engagements fermes qu’il avait pris le 30 mars 2016 lors de son investiture : « Je m’emploierai à appliquer très rapidement le Programme du désarmement, de la démobilisation, de la réinsertion et du rapatriement pour favoriser le retour à la paix et à la sécurité, ceci en concertation avec nos partenaires. Je procéderai à la refondation de notre armée pour qu’elle devienne véritablement républicaine, pluri-ethnique, apolitique et professionnelle. » Ce Programme national de DDRR est considéré par le gouvernement et les partenaires internationaux comme l’une des conditions sine qua non du succès de la Réforme du secteur de la sécurité (RSS). Il s’agit non seulement de concevoir et de mettre en pratique de manière harmonieuse et efficace un programme inclusif et progressif pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration des membres des groupes armés ainsi que pour le rapatriement des combattants étrangers, mais aussi de formuler et rendre concrets des programmes de réduction de la violence communautaire à l’intention des membres des groupes armés, y compris ceux qui ne sont pas admis à participer au PNDDRR. Comme l’explique le colonel Ismaël Achille Koagou Koungoundo, ministre délégué auprès du ministre chargé du DDRR, le principal objectif poursuivi est de « diminuer le nombre d’armes en circulation, de désarmer ceux qui les portent, et par conséquent de diminuer les menaces que constituent les groupes armés ». Il en parle avec d’autant plus d’assurance qu’il fait partie des hauts responsables centrafricains à avoir pris une part active à la conception et au déploiement des principales articulations de ce programme. La bonne planification du DDR La mise en oeuvre du PNDDRR a été marquée par des opérations pilotes qui ont permis au gouvernement de procéder en 2018 au désarmement de 14 groupes armés, une bonne partie des ex-combattants ayant été réinsérés dans la vie socio-économique et plus de 200 intégrés dans les FACA. Une première expérience inédite depuis la crise de 2013. Comme en témoigne un responsable du ministère de la Défense en charge des dossiers de désarmement, ces ex-combattants intégrés dans les FACA n’ont ni été inquiétés par leurs frères d’armes, ni été des casse-têtes pour le commandement. Une expérience réussie, donc. Cette réussite est surtout liée à la bonne planification du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration  (DDR) par le gouvernement qui travaille en synergie avec les pays amis et les institutions internationales, principalement la MINUSCA. Suivant la volonté du président de la République de créer un climat de confiance entre le gouvernement et les groupes armés, le projet pilote a été lancé à Bangui le 30 août 2017 pour 440 éléments issus de 12 groupes armés. La phase de désarmement/démobilisation s’est déroulée à Bangui et dans les villes de Bouar, Paoua, Bambari, Kaga-Bandoro, Birao et Koui. Au terme de cette phase, 309 armes, 499 explosifs de guerre et 7 257 munitions ont été collectés. Les actions de la section DDR de la MINUSCA ont également permis d’appliquer depuis 2016 le programme de réduction de la violence communautaire (RVC) qui inclut une composante de désarmement avec la collecte des armes. Ce programme, mis en oeuvre par la MINUSCA avec le bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), est toujours en cours dans plusieurs localités du pays, notamment à Bangui, Bouar, Bangassou, Bria, Bossangoa et Kaga-Bandoro. Le programme RVC est également déployé à Bambari et Paoua par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) appuyée par la MINUSCA. En novembre 2019, après le lancement du grand DDRR par le chef de l’État à Paoua, et forte de l’Accord politique de paix et de réconciliation (APPR) signé le 6 février 2019, l’unité d’exécution du programme national de DDRR a conduit dans le nord-ouest du pays des opérations de désarmement et de démobilisation auprès des groupes armés signataires de l’accord : Antibalaka/Mokom, Antibalaka/ Ngaissona, UFR-F, RJ/Sayo, RJ/ Belanga, 3R, FDPC. Mais la pandémie de Covid-19 qui a secoué le monde n’a pas épargné la République centrafricaine, obligée de mettre en veilleuse de nombreux programmes et projets, y compris le Programme national DDRR, réactivé seulement à partir d’août 2020 sur instructions fermes du chef de l’État. À ce titre, révèle le colonel Ismaël Achille Koagou Koungoundo, des missions de sensibilisation tous azimuts ont été menées par les hauts responsables du ministère de DDRR envers les principaux leaders des groupes armés de la zone Nord-Est. Des dividendes de paix pour les combattants démobilisés Ainsi donc, les leaders des groupes armés du FPRC basé à Ndélé dans le Bamingui-Bangoran, de la Séléka rénovée et du MPC à Kaga-bandoro dans la Nana-Gribizi, des FPRC, RPRC, MLCJ, MPC à Bria dans la Haute-Kotto et enfin des RPRC, MLCJ et FPRC à Birao dans la Vakaga ont, conformément à l’accord de paix, demandé que leurs éléments soient démobilisés et désarmés. «Les opérations conduites successivement dans ces différentes localités ont donné des résultats satisfaisants en ce sens que plus de 2 500 ex-combattants ont été démobilisés sur l’ensemble du territoire national », indique l’officier supérieur. À la suite de ces opérations, des dividendes de paix sont accordés aux ex-combattants démobilisés.

Parmi eux, environ 500 éléments ont opté pour les Unités spéciales mixtes de sécurité (USMS), une mesure de confiance entre le gouvernement et les groupes armés contenue dans l’Accord politique pour la paix et la réconciliation (APPR) et regroupant les éléments des FDS et des ex-combattants appelés à remplir des missions particulières : sécurisation de couloirs de transhumance, maintien de l’ordre… D’autres, au nombre de 886, ont bénéficié de la réintégration socio-économique. Le gouvernement, souhaitant mettre en oeuvre l’APPR de façon intégrale, a procédé au mois de novembre 2020 à l’intégration de 292 ex-combattants dans les rangs des FACA, de la gendarmerie nationale et de la police centrafricaine. D’aucuns s’interrogeraient sur les acquis réels de ces opérations. Ils se mesurent amplement par le retour progressif de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, se traduisant par le redéploiement des forces de défense et de sécurité accompagné de celui des autorités administratives dans presque toutes les villes de province. Enfin, la mise en oeuvre de l’APPR par les différents acteurs impliqués a porté des fruits indéniables : la baisse sensible des affrontements armés partout sur le territoire national. Dialogue inclusif, réconciliation nationale et esprit de tolérance La Réforme du secteur de la sécurité (RSS) et le DDRR étant des processus politiques qui s’étalent dans le temps en fonction de la dimension de la crise centrafricaine, leur mise en oeuvre de façon harmonieuse, couplée avec d’autres programmes comme la politique de la réconciliation nationale et la stratégie de collecte des armes légères et de petit calibre entre les mains des populations civiles finira par ramener définitivement la paix en Centrafrique et à permettre son décollage socio-économique. Contrairement à une certaine approche plus musclée, l’approche douce de la résolution de la crise centrafricaine telle que prônée par le président de la République à travers le dialogue inclusif, la réconciliation nationale et l’esprit de tolérance s’inscrit dans la continuité de stratégies adoptées par beaucoup de pays dans le monde, et particulièrement en Afrique, qui ont fait taire les armes et ouvert de nouveaux horizons plus rassurants pour les peuples longtemps meurtris par la souffrance. Une approche conforme aux propos du grand stratège chinois du VIe siècle Sun Tsu, qui déclarait que l’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat. La meilleure des batailles est donc celle qui se remporte sans un seul coup de feu, par le dialogue, la dissuasion et la persuasion. Comme mesure de confiance déployée en phase pilote avant le lancement du programme DDRR proprement dit le 30 août 2017 à Bangui par Faustin-Archange Touadéra, un pré-DDR a consisté en une prise en charge des combattants sous forme d’appui direct en vivres et de participation rémunérée dans des projets d’intérêt communautaire. « Pour mieux aborder les activités du Programme national DDRR, la stratégie que j’ai instruite est de démarrer par un projet pilote pour voir les forces et corriger les faiblesses avant de mettre en oeuvre le grand projet », a expliqué le président de la République avant de préciser : « Le DDRR n’est pas seulement l’affaire du chef de l’État, c’est l’affaire de tout le monde. » Présent à la cérémonie, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en République centrafricaine Parfait Onanga-Anyanga a quant à lui indiqué : « C’est un signe de bonne volonté que 13 sur les 14 groupes armés aient décidé de participer au projet pilote. » Selon lui en effet, l’intégration au sein des Forces armées centrafricaines doit véritablement représenter un nouveau départ pour les candidats appelés à servir sous le drapeau national. « Qu’ils comprennent qu’en franchissant ce pas, ils embrassent une toute nouvelle vie faite de loyauté et d’allégeance au drapeau national », a-t-il tenu à souligner.

Christian Kouamen

Auteur

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