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Retour payant du Niger sur la scène internationale

Le président Mahamadou Issoufou oeuvre à restaurer la crédibilité internationale de son pays à la fois sur le plan politique et économique. De plus, la tenue du sommet de l’Union africaine à Niamey en juillet prochain va puissamment renforcer le rôle diplomatique du Niger.

Avec ses airs modestes, Mahamadou Issoufou, le président nigérien recevant Économies Africaines, a été fidèle à sa réputation de dirigeant qui ne pratique pas l’esquive à l’endroit des médias internationaux. Fidèle aussi à cette autre réputation de président cultivé et maîtrisant tous ses dossiers : il a pour ainsi dire réponse à tout. Un président en exercice à la tête de la force conjointe du G5, déterminé à une lutte implacable contre les terroristes de la sous-région. Et ce d’autant plus que dans la nuit du 30 au 31 décembre, les militaires français de Barkhane et les commandos nigériens ont neutralisé, dans la région de Tillabéri à l’ouest du pays, près de la frontière malienne, une quinzaine de djihadistes du groupe État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). C’est justement dans ce même secteur que quatre soldats américains et cinq soldats nigériens avaient été tués en octobre 2017 dans une attaque terroriste. Mais il est persuadé que le renforcement des capacités de la force conjointe G5 « va encore s’accroître au fur et à mesure que le niveau opérationnel
et le niveau d’équipement de cette force va augmenter dans les tout prochains mois ». Devant nous, il se dégage de lui l’image d’un président apaisé, confiant et serein, dans la mesure où il ne se sent nullement concerné par la violation de la Constitution relativement au nombre de mandats présidentiels. Mahamadou Issoufou milite résolument pour l’alternance, pour le renouveau démocratique et pour la dynamique des idées politiques. Dans son propre pays, notamment au regard de l’échéance présidentielle de 2021, il a répété sur tous les tons et à qui voulait l’entendre qu’il ne briguerait pas de troisième mandat. Certains se souviendront d’ailleurs que lors de son discours d’investiture le 2 avril 2016, il déclarait déjà
en termes clairs : « Mon voeu le plus cher, c’est qu’à la fin de mon mandat, lorsque j’aurai quitté le pouvoir conformément aux prescriptions de la Constitution, je laisse un Niger radicalement transformé. Voilà le projet pour lequel, plaise à Dieu, je travaillerai nuit et jour pendant cinq ans. » C’est dire que cette décision de passer le témoin à un président  démocratiquement élu est mûrement réfléchie et qu’il s’agit d’une conviction forte chez le président Issoufou. De son vivant, dans son propre pays, il sera le premier leader démocratiquement élu à remettre le pouvoir à un autre président également élu démocratiquement. Il contribuera ainsi à la transformation positive de l’exercice du pouvoir d’État. Á 67 ans, celui que ses compatriotes affublent du surnom de Zaki, « Le Lion » en langue haoussa, a succédé à trois présidents au profil militaire : Ibrahim Baré Maïnassara, Mamadou Tandja et Salou Djibo. C’est dire qu’il est le premier civil à diriger le Niger depuis Mahamane Ousmane (1993-1996). En outre, en matière de gouvernance, une différence de taille est à relever depuis son arrivée au pouvoir en 2011 par rapport à son prédécesseur M. Tandja : il oeuvre fermement à restaurer la crédibilité internationale du Niger, aussi bien au plan politique et qu’économique. C’est selon lui une attitude plus pertinente que de s’engager dans des démonstrations de force avec les Européens ou les Américains, estimant qu’il est plus indiqué d’informer et d’expliquer ses positions, ses visions stratégiques, ses besoins et ses atouts que de polémiquer inutilement. Ainsi, dans cet entretien, il rappelle que ses pairs de l’Union africaine (UA) lui ont confié la présidence de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). D’ailleurs, c’est au président nigérien que l’on doit cette « initiative historique », car il croit à l’intégration et à la prospérité du continent lorsqu’il sera porté par ce programme. Pour le moment, seuls 18 pays y ont souscrit, mais le dirigeant nigérien nourrit l’espoir qu’à l’occasion du prochain sommet de l’UA appelé à se tenir à Niamey courant juillet 2019, il pourra conduire le reste des États à adopter la ZLECAf. Pour lui, ce projet est aussi une réponse africaine aux mutations économiques globales, un instrument qui viendra renforcer le commerce intra-africain en levant les contraintes multiformes qui entravent le développement du commerce entre pays africains. Il soutient par ailleurs que « la ZLECAf est historique parce qu’elle va stimuler l’industrialisation africaine et booster son insertion dans les chaînes de valeur régionales et mondiales. Elle est importante parce qu’elle vient stimuler le commerce intra-africain à un tournant du multilatéralisme où les négociations commerciales à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) marquent le pas, et où le protectionnisme refait surface. » On pense évidemment à la guerre commerciale imposée par les USA. C’est dire que la vision du président nigérien est de donner à l’Afrique, avec cet instrument, un rôle moteur dans les questions économiques du monde. Reste à savoir si ses pairs africains vont massivement adhérer à cette idée qui, sur le papier, est certes séduisante, mais qui dans les faits  pourrait peut-être rencontrer quelques blocages. S’agissant du succès obtenu en 2017 à Paris, où les bailleurs de fonds se sont engagés à hauteur de 12,7 milliards de dollars sur le financement du Programme de développement économique et social (PDES) incarné par le Programme Renaissance acte II dont le coût est fixé à 8 800 milliards de FCFA pour la période 2016-2021, le président indique que son gouvernement a adopté une feuille de route pour sa mise en oeuvre, et qu’un montant de plus de 6,1 milliards de dollars a déjà été mobilisé sur les 12,7 milliards de dollars annoncés, soit 48 %.

Paul de Manfred

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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