logo

Coopération/Lutte anti-terroriste

La mue de l’opération Barkhane

La mue de l’opération Barkhane

En première ligne dans la lutte contre le terrorisme au Sahel avec l’opération Barkhane, la France veut reconsidérer son engagement militaire pour permettre aux armées africaines de prendre leurs responsabilités.

Ancienne puissance coloniale, la France entretient des relations plus ou moins complexes avec plusieurs pays d’Afrique francophone, considérée à bien des égards comme son pré carré. Ces dernières années, le pays du général Charles De Gaulle, qui a implanté des bases militaires sur le continent, est devenu un partenaire de premier plan dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Ainsi, l’Hexagone a lancé depuis le 1er août 2014 l’opération militaire Barkhane, qu’elle a dotée de 5 100 hommes pour combattre les groupes djihadistes endeuillant des pays comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso ou le Tchad. Cette opération fait suite à celles, ponctuelles, baptisées Serval en 2013 et Épervier en 1986. L’engagement militaire de la France, qui a déjà perdu 50 soldats au combat, a certes permis d’engranger des victoires contre l’État islamique au grand Sahara (EIGS) et les organisations affiliées à Al-Qaïda réunies au sein du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), mais n’a pas pour autant enrayé les menaces terroristes. Les attaques continuent, voire se multiplient, atteignant désormais les pays côtiers comme la Côte d’Ivoire. De 2016 à 2021, près de 40 morts ont été enregistrés en terre d’Éburnie, moins  touchée que ses voisins le Mali et le Burkina Faso où, selon un rapport de l’Observatoire pour la démocratie et les droits de l’homme (ODDH), 1 650 civils et militaires ont été tués dans des attaques terroristes entre le 4 avril 2015 et le 31 mai 2020. Malgré la puissance de feu de la France, les menaces sécuritaires demeurent au Sahel, ce qui a fait naître un climat de suspicion dans les pays bénéficiaires de l’opération Barkhane. Bon nombre de ressortissants de ces États estiment en effet, sans preuves tangibles, que le « sauveur » est complice avec les groupes terroristes.

Cette lecture de la situation a renforcé le sentiment antifrançais déjà perceptible au Sahel, avec des appels au retrait des bases militaires et des soldats français dans les pays où ils interviennent. Fermeture de bases et réduction des effectifs C’est dans ce contexte de méfiance et de défiance  que le président Emmanuel Macron s’est engagé à réduire la présence militaire française au Sahel. « La France n’a pas vocation à rester éternellement au Sahel (…) », a-t-il indiqué en juin dernier après l’annonce d’une « profonde transformation » de Barkhane. «  Nette transformation se traduira par un changement de modèle. Elle impliquera le passage à un nouveau cadre, c’est-à-dire la fin de l’opération Barkhane en tant qu’opération extérieure, pour permettre une opération d’appui, de soutien et de coopération aux armées des pays de la région qui le souhaitent », a ajouté le chef de l’État français. L’idée qui sous-tend cette réforme est de passer d’une « opération militaire à un dispositif de coopération » pour encourager les armées africaines à s’affirmer. Si alors le chef de l’État français n’avait pas donné de détails sur le démantèlement de Barkhane, il l’a fait le 13 juillet, cinq jours après avoir réaffirmé sa position lors d’un sommet par visioconférence avec les dirigeants du G5-Sahel, qui s’est doté d’un nouveau secrétaire exécutif (lire l’encadré). Emmanuel Macron a indiqué que le processus de fermeture des bases de Barkhane débuterait au second semestre de l’année 2021. Une réduction « progressive » des effectifs militaires français au Sahel devra également être opérée au profit d’un dispositif allégé de 2 500 à 3 000 hommes à terme. Suivant ce schéma, Barkhane devrait prendre fin début 2022, mais cela ne signifie pas un départ définitif de la France, puisque le pays devra continuer à conseiller et à former les armées sahéliennes pour les aider à faire face aux menaces terroristes et pour soutenir la stabilisation des États. De quoi maintenir la polémique…

Patrick Kader Karantao

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52