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Entretien – Directeur général de l’Agence Burkinabè de l’Électrification Rurale (ABER)

Entretien – Directeur général de l’Agence Burkinabè de l’Électrification Rurale (ABER)

« Un taux d’électrification rurale de 50 % à l’horizon 2025 »

Ismaël S. Nacoulma, directeur général de l’Agence Burkinabè de l’Électrification Rurale (ABER), détaille la stratégie en quatre étapes de son administration pour atteindre l’ambition présidentielle d’afficher un taux d’électrification rurale d’au moins 50 % d’ici à 2025.

Quelles raisons stratégiques ont conduit à la mutation du FDE en Agence Burkinabè de l’Électrification Rurale (ABER) ?

Ismaël Somlawendé Nacoulma : L’énergie est au coeur du développement socio-économique d’un pays. Alors, depuis son accession à la présidence du Faso, le chef de l’État S.E.M. Roch Marc Christian Kaboré a affiché la ferme volonté de révolutionner le secteur de l’énergie face à l’insuffisance de couverture électrique au Burkina Faso. Au début de son premier mandat en 2015, le taux d’électrification en milieu rural était de l’ordre de 3,4 %. Comme vous le savez, 80 % de la population du Burkina Faso vit dans les campagnes, et le développement de ce pays ne peut objectivement pas se faire sans elle. La nécessité de procéder à un changement de paradigme afin d’accélérer l’accès à l’énergie est donc apparue clairement. Pour ce faire, courant avril 2017, une réforme institutionnelle à la faveur de la loi 014 portant réglementation générale du secteur de l’énergie a procédé à la création de l’Agence Burkinabè de l’Électrification Rurale (ABER) en remplacement du Fonds de développement de l’électrification (FDE). Ce nouveau cadre institutionnel a permis d’élargir les missions du FDE afin de faire de l’ABER une structure plus opérationnelle et plus autonome, en cohérence avec la décentralisation. Sous sa forme actuelle, l’ABER est à même de mettre en oeuvre des projets structurants pour l’atteinte de l’accès universel à l’électricité en milieu rural au Burkina Faso à l’horizon 2030. Á la suite de sa réélection, le président du Faso affiche l’ambition d’atteindre au moins 50 % de taux d’électrification rurale d’ici à 2025.

Quelle va être votre stratégie pour relever ce challenge ?

D’abord, nous travaillons activement à consolider les acquis engrangés dans le domaine de l’électrification rurale. J’en profite d’ailleurs pour féliciter tous les acteurs, du privé comme du public, pour leur constant accompagnement à l’édification de notre domaine. Les grands progrès enregistrés en l’espace de quelques années prouvent à suffisance que nous sommes sur la bonne voie. Cependant, nous sommes conscients de ce que 25 %, c’est bien, mais que nous devons continuer à travailler afin que toutes nos populations en milieu rural aient l’électricité. Nous sommes prêts à relever ce défi avec une nouvelle approche qui peut se résumer en quatre points. En premier lieu, l’opportunité que nous offre la technologie basée sur le solaire. Avant 2015, au moins 90 % des localités rurales étaient raccordées au réseau national, mais seules les localités proches de ce réseau faisaient l’objet d’électrification. Depuis 2019, plus de 80 % des solutions d’électrification déployées sont des minicentrales solaires, des systèmes solaires individuels et des lampadaires solaires. Notre pays bénéficie d’un niveau d’ensoleillement unique qui nous permet de mettre en oeuvre des solutions décentralisées adaptées, à des coûts compétitifs, aux réalités de chaque localité rurale. L’une de nos innovations consiste d’ailleurs à faciliter l’accès à l’eau potable et à de meilleurs services sociaux en même temps qu’un accès à l’électricité. En second lieu, la planification à long terme de nos actions combinée à une démarche participative du milieu rural, avec l’implication de tous les acteurs : collectivités, communes, etc. Nous avons d’ailleurs signé une convention-cadre de maîtrise d’ouvrage public déléguée avec toutes les régions du Burkina. Du coup, les 13 régions et les 302 communes rurales pourront mieux participer au processus d’électrification. La troisième approche consiste à nous appuyer davantage sur les ressources nationales, notamment le secteur privé, pour le financement des projets d’électrification en milieu rural. Citons la levée de fonds avec les institutions financières de la place qui nous accompagnent dans la mise en oeuvre de nos projets-phares. Enfin, la digitalisation des services électriques. Cette approche induit indubitablement l’amélioration de l’accès à l’électricité avec le déploiement des compteurs intelligents et des systèmes solaires autonomes payables à tempérament auquel s’ajoutent des solutions de paiement mobile qui vont améliorer la qualité des services et réduire les coûts d’exploitation.

Quelles sont vos perspectives ?

Actuellement, nous mettons en oeuvre un ambitieux projet financé à 100 % par l’État burkinabè pour l’électrification de plus de 200 localités additionnelles par des systèmes solaires individuels et/ou collectifs : le projet d’électrification NAAFA. Déjà, je puis vous dire que d’ici quelques semaines, nous pourrons comptabiliser dans nos statistiques 229 nouvelles localités électrifiées grâce à l’appui des partenaires techniques et financiers. Parallèlement, nous sommes aussi engagés dans la finalisation d’un certain nombre de projets structurants tels que le projet YEELEN d’électrification rurale qui bénéficie de l’accompagnement de la Banque africaine de développement (BAD), des Fonds Verts Climat et de l’Union européenne, le projet Solaire à large échelle et d’électrification rurale (SOLEER), pour lequel la Banque mondiale vient d’approuver deux grandes conventions de financement, avec à la clé plus de 120 000 nouveaux ménages à raccorder à une source d’énergie, ou encore le Projet d’électrification rurale décentralisée par énergie renouvelable (PERD/EnR) pour l’électrification de 42 localités additionnelles mis en oeuvre avec l’appui du Fonds d’Abu Dhabi pour le développement (FADD). Je puis vous assurer que l’électrification rurale est réellement en marche au Burkina Faso. Le défi que nous nous sommes donné est d’atteindre un taux d’électrification rurale d’au moins 50 % à l’horizon 2025.

Propos recueillis par Paul de Manfred

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