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Entretien – Directeur général du Conseil du Coton et de l’Anacarde

Entretien – Directeur général du Conseil du Coton et de l’Anacarde

Les filières anacarde et coton affichent de belles performances en 2021

Le docteur Adama Coulibaly, directeur général du Conseil du Coton et de l’Anacarde (CCA), nous a accordé une interview dans son bureau d’Abidjan-Plateau. Il dresse un bilan de la dernière campagne de commercialisation des deux produits dont il gère les filières et aborde les questions de la fixation des prix et des débouchés.

Quel est le bilan de la filière anacarde en 2021 par rapport à 2020 en matière de commercialisation de la noix de cajou brute, de prévisions de récolte et de niveau de production ? Et qu’en est-t-il du bilan de la filière coton sur la même période ?

Dr Adama Coulibaly : Pour ce qui est de la filière anacarde, en termes de bilan, nous avions projeté une production de 900 000 tonnes pour 2021, mais nous avons terminé la campagne avec 968 676 tonnes. Cela représente une hausse de 14 % par rapport à 2020, année au cours de laquelle nous avions enregistré 848 700 tonnes. Par conséquent, cette campagne a été un succès. Le prix bord champ a été respecté, et même quelquefois au-delà du prix de 305 FCFA fixé par le gouvernement. En réalité, ce prix s’est situé entre 305 à 450 FCFA bord champ, ce qui a donné sur l’ensemble de la campagne une moyenne de 350 FCFA payés aux producteurs. Concernant le coton, nos projections étaient de 520 000 tonnes et nous avons terminé la campagne avec 559 000 tonnes, ce qui représente aussi une hausse de 14 % par rapport à l’année précédente, où nous avions terminé la campagne à 490 423 tonnes. Cette hausse sensible est liée à une plus grande implication des producteurs, dont le nombre est passé de 114 000 à 134 000. Le prix bord champ du coton a été fixé à 300 FCFA pour le premier choix et à 275 FCFA pour le deuxième choix. C’est un prix garanti, stable et non négociable. La fixation de ces prix permet de sensibiliser nos producteurs afin de les amener à produire du coton de qualité, un élément important pour les filières agricoles. Quels sont les facteurs qui contribuent à la fixation du prix plancher du coton et de la noix brute de cajou ? S’agissant de la campagne de coton 2021-2022, le prix élevé de 300 FCFA/kg va-t-il éviter le versement de filets sociaux ? Les revenus reversés aux producteurs de noix de cajou et de coton en 2021 ont-ils augmenté par rapport à 2020 ? La fixation du prix plancher obéit à une démarche précise et claire dans la mesure où le président de la République a indiqué clairement, dans le cadre de la réforme du coton-anacarde, que le producteur devait recevoir 60 % du prix CAF (coût, assurance, fret). Au moment de la fixation de ce prix, nous nous référons à une analyse du marché international. Nous faisons des projections en termes de prix CAF possibles en direction de la Côte d’Ivoire, et ce en fonction des prix que les acteurs ont déjà avec leurs clients. Nous apprécions les offres en direction de la Côte d’Ivoire et nous regardons aussi le comportement du dollar. C’est à partir de ces offres que nous nous donnons une marge pour proposer des prix au gouvernement. Ensuite, nous menons des discussions avec chaque famille professionnelle – producteurs, acheteurs, exportateurs et transformateurs – afin de tenir compte de leurs attentes. Quelquefois, nous avons à faire à des attentes contradictoires que nous devons concilier pour arrêter un prix compatible. Je voudrais ensuite préciser qu’il n’y a pas de filets sociaux au niveau du coton. Sur la fixation du prix du coton, il y a un processus qui part des discussions au sein des familles professionnelles. Par ailleurs, le coton est la filière agricole la mieux structurée en Côte d’Ivoire : elle comporte une interprofession regroupant toutes les familles professionnelles et où se tient le premier niveau de discussion. Nous analysons les propositions de l’interprofession avant de les soumettre au gouvernement et, si elles sont validées, nous poursuivons au niveau du président de la République, qui peut soit nous suivre dans nos propositions, soit augmenter le prix en faveur des producteurs. Le chef de l’État entend donner à son action un véritable contenu de lutte contre la pauvreté et il fait en sorte que chacun soit mieux rémunéré pour ses activités. Prenons d’ailleurs l’exemple de la campagne dernière, où le prix professionnel pour les cotonculteurs était de 267 FCFA/kg.  Le président a refusé ce prix et décidé de le rehausser à 300 FCFA. Il a donc donné des instructions pour qu’une subvention de 33 FCFA soit apportée sur chaque kilogramme de coton afin de combler le gap. Cette subvention a coûté à l’État près de 37 milliards sur la campagne 2020-2021. Au regard de tout ces éléments, on peut répondre que le revenu des producteurs a augmenté. Pour ce qui est de la noix de cajou, les producteurs sont passés d’une campagne à l’autre de 297 à 339 milliards de FCFA. S’agissant du coton, ils sont passés de 122 à 166 milliards de FCFA. L’Europe, votre marché de prédilection, peut-elle malgré la pandémie de Covid-19 ou certains problèmes d’acheminement être tentée de se fournir au Vietnam ? Cette tendance est-elle conjoncturelle ou durable ? On ne peut affirmer aujourd’hui ni pour l’anacarde ni pour le coton que l’Europe est notre marché de prédilection. S’agissant du coton, on peut plutôt parler des pays d’Asie : la Chine, le Vietnam, le Bengladesh et la Malaisie sont
principalement nos clients, alors que la place de l’Europe dans le coton est marginale. Pour la noix de cajou, nous sommes en phase de croissance concernant nos offres. Nous constatons pour le moment que nos amandes vont dans diverses parties du monde. Pour les noix brutes, nous n’avons que le Vietnam et l’Inde comme clients, mais quand nous transformons, nous nous ouvrons sur le monde entier. Donc l’avantage, pour nous, c’est de transformer. Nous n’avons vraiment pas de souci de débouchés pour nos amandes et, au contraire, nous n’arrivons pas à satisfaire les demandes venant soit des États-Unis, soit de l’Europe. Notons par ailleurs que nos amandes sont de qualité. Pour 2022, quelles sont les priorités inscrites sur votre feuille de route ? En 2022, nos priorités seront la consolidation des acquis des réformes et l’amplification du mouvement. Au niveau de la noix de cajou, nous aspirons à une hausse de la production par rapport à l’année dernière et nous souhaitons consolider également les acquis en termes de transformation tout en projetant une augmentation de près de 50 000 tonnes par rapport à la campagne dernière. Nous espérons aussi avoir de la visibilité pour ce qui est de la filière coton afin de relancer durablement l’industrie textile, ceci dans un contexte de qualité, de sorte à avoir des produits labélisés. Nous ambitionnons de mettre en place la première usine de transformation et de valorisation des coques cette année, et nous allons aussi amplifier les formations dans notre usine-école à Yamoussoukro.

Propos recueillis par François Canthy

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