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Entretien – Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique

Entretien – Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique

«Le Trésor public a contribué à renforcer la confiance des investisseurs étrangers »

Après l’obtention du certificat à la norme ISO 9001 version 2015, Jacques Konan Assahoré, directeur général du Trésor et de la comptabilité publique (DGTCP) également député de la commune de Diabo-Languibonou, trace de nouveaux sillons de performance en consolidant les acquis de son management stratégique.

Nommé le 29 juin 2016 par décision gouvernementale suite à un appel à candidature, vous êtes un pur produit de l’École nationale d’administration (ENA) d’Abidjan. Après plus de 5 ans à ce poste de manager à la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique, quel bilan pouvez-vous mettre en avant en termes de gouvernance ?

Jacques Konan Assahoré : Avant tout propos, permettez-moi de remercier S.E.M. Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire, dont le leadership et la clairvoyance m’ont permis d’accéder à cette haute responsabilité. Pour en venir à votre question sur le bilan de ma gouvernance depuis mon accession au poste de directeur général du Trésor et de la comptabilité publique en 2016, il faut avouer que j’ai bénéficié d’un avantage significatif: celui de prendre les rênes d’une administration forte, engagée depuis plusieurs années dans une dynamique d’amélioration continue de ses prestations. Ce choix managérial, matérialisé par l’adoption de la démarche qualité au début des années 2000, nous imposait de faire des meilleurs standards internationaux en matière de gouvernance le fer de lance de notre vision et de nos actions. C’est le lieu de souligner que le document qui résume ma vision pour le Trésor public, le plan stratégique de développement du Trésor public 2016-2020, a été élaboré dans le cadre de ma préparation à l’appel à candidature pour le poste de directeur général du Trésor et de la comptabilité publique. Concrètement, la démarche qui a guidé la conception de ce document s’articule en deux étapes: faire un état des lieux de l’existant en termes de forces, faiblesses, menaces et opportunités du Trésor public, une sorte de «balance d’entrée» de début d’exercice pour employer une terminologie comptable. Puis, sur la base des constats effectués, proposer des actions  concrètes de revalorisation des atouts, de correction des faiblesses, de mitigation des menaces et des risques, et enfin d’exploitation des opportunités identifiées. Les actions du plan stratégique de développement du Trésor public pour la période 2016-2020 ont été mises en œuvre par le biais des unités administratives et via des projets de réformes dédiés. En termes de bilan, je pense, sans prétention aucune, que mes équipes et moi devons avoir, au regard de la plus-value ajoutée à l’héritage laissé par mes prédécesseurs, le sentiment de satisfaction du devoir accompli. En effet, durant ce premier quinquennat, le Trésor public a contribué à renforcer la confiance des investisseurs étrangers dans la qualité de la signature de l’État à travers la levée régulière de ressources sur le marché financier régional – en moyenne 1500 milliards de FCFA chaque année – et d’un eurobond d’un milliard d’euros au taux inédit de 4,8% en novembre 2020. La réforme du compte unique du Trésor, chère aux bailleurs de fonds, est passée à sa phase opérationnelle. Les postes comptables auprès des ministères et institutions ont été créés et sont opérationnels, comme l’exigeaient les directives communautaires. De deux services certifiés, le Trésor public a relevé le challenge de conformer son mode d’organisation et de fonctionnement aux exigences de la norme ISO 9001 version 2015 en passant à la certification globale de ses services. Un projet immobilier de 1 000 logements a été réalisé au profit du petit personnel, sans oublier la construction d’un restaurant d’entreprise moderne et la mise en place d’une caisse de retraite complémentaire dédiée aux agents. Pourquoi estimez-vous que la Bourse doit jouer un rôle majeur dans l’économie d’un pays ? Sous votre gouvernance, le Trésor ivoirien jouit déjà d’une position d’acteur incontournable dans l’animation du compartiment de la Bourse régionale des Valeurs mobilières (BRVM). Pourquoi adopter des instruments d’anticipation des tendances des taux, et pour qui ? Pour mieux comprendre le rôle de la Bourse dans l’économie d’un pays, il me semble important de rappeler
brièvement le rôle du marché financier et son fonctionnement. Le marché financier est le lieu de confrontation des offres et des demandes de capitaux à long terme. Á ce titre, il joue un rôle essentiel en étant à la fois un lieu de financement pour les entreprises, les États et les collectivités sur le marché primaire et un espace de placement sur le marché secondaire, communément appelé la Bourse. Le marché secondaire, ou la Bourse, est en quelque sorte un baromètre ou une jauge de la performance d’une économie réelle. Concernant le second volet de votre question, il faut préciser que le rôle du Trésor public sur le marché primaire est d’émettre des obligations et de procéder à leur introduction en Bourse en vue de cotation, conformément à la réglementation. Après la première cotation de ces obligations, il revient aux intermédiaires agréés et aux spécialistes en Valeurs du Trésor d’animer ces titres sur le marché secondaire en s’appuyant sur les outils et méthodes existants, notamment la méthode d’anticipation des tendances des taux. C’est une méthode d’analyse essentielle à l’activité de trading, c’est-à-dire aux opérations d’achat ou de vente des valeurs mobilières sur le marché boursier, qui permet d’orienter les décisions de placement. De 13993 milliards de FCFA en 2020, la dette publique ivoirienne est passée en septembre 2021 à 17676,1 milliards, soit une hausse de 3683,1 milliards (environ 6,6 milliards USD). Quels facteurs ont justifié cette hausse ? Comment sont suivis les conseils du FMI, qui estime modéré le risque de surendettement mais conseille tout de même une stratégie d’endettement prudente ? Permettez-moi de dire d’emblée que l’appréciation du niveau de la dette publique qui se limiterait à une simple analyse de l’évolution du stock nominal de la dette est insuffisante. En effet, si vous voulez évaluer le niveau d’augmentation du stock de la dette, il vous faut obligatoirement établir un parallèle entre cette évolution et celle de la richesse créée sur la même période, c’est-à-dire le produit intérieur brut (PIB), passé de 35 311 milliards de FCFA à fin 2020 à 38439 milliards en 2021. Limiter l’analyse au stock nominal revient par exemple à comparer la dette d’un agriculteur à celle d’un industriel. La capacité de création de richesse du premier pour rembourser sa dette est limitée, et il peut rapidement se retrouver insolvable, alors que celle de l’industriel qui réalise des investissements et des profits accumulés peut être remboursée sans grande inquiétude. La Côte d’Ivoire se trouve dans la situation de quelqu’un qui emprunte pour créer de la richesse grâce aux investissements réalisés (routes, ponts, etc.), de sorte que sa capacité de remboursement n’est nullement menacée. Cette précision faite, il faut dire que la situation de la dette publique de l’État de Côte d’Ivoire s’est considérablement améliorée suite aux allégements et annulations de dettes intervenus à l’occasion de  l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE en juin 2012. Des réformes clés ont été entreprises, tant au plan juridique qu’au plan institutionnel, afin d’assurer la maîtrise de l’endettement et l’accroissement de la mobilisation des ressources intérieures. Ainsi, depuis 2012, la Côte d’Ivoire a enregistré d’excellents résultats économiques, avec un taux de croissance économique réel moyen de 7,4% par an. Cette performance a été possible grâce à la mobilisation d’importantes ressources affectées au financement des investissements publics prévus au Plan national de développement (PND), particulièrement dans le secteur des infrastructures économiques. Cependant, la crise sanitaire mondiale liée à la pandémie de Covid-19 a induit, au plan national, un ralentissement de l’activité économique qui a conduit à une baisse du PIB réel de croissance, tombée à 1,8%, contre 7,2% initialement prévus en 2020. Comme vous le disiez, au 31 mars 2021, l’encours de la dette publique s’est établi à 17 676 milliards de FCFA (46,0 % du PIB), contre 13 993 milliards (39,6 % du PIB) à fin mars 2020, soit une augmentation de 3683 milliards de FCFA. Cette hausse de l’encours nominal de la dette publique sur cette période s’explique entre autres par la survenue de la pandémie due au coronavirus. En effet, pour faire face aux effets nocifs de cette crise, le gouvernement a mis en œuvre un plan de riposte sanitaire et un plan de soutien économique, social et humanitaire estimés à plus de 1700 milliards de FCFA. Ces plans du gouvernement ont donc permis de juguler la crise et d’être l’un des pays au monde à avoir une croissance positive (1,8%) en 2020. S’agissant de la viabilité de la dette publique, les dernières analyses de viabilité de la dette (AVD) réalisées à la fois par les équipes en interne et les services du FMI en juin 2021 ont conclu, comme vous l’avez souligné, à un risque de surendettement modéré. Enfin, il convient de rappeler que le communiqué de clôture de la mission du FMI de juin 2021 au titre de l’article IV fait état de ce que l’économie ivoirienne a réalisé un rebond important en 2021 et pourrait ressortir avec une croissance de 6,5 %, renouant ainsi avec ses niveaux de performance pré-crise. Cette reprise devrait se consolider sur les prochaines années, avec
une croissance moyenne de 6,3% prévue par le FMI sur la période 2022-2025, contre 3,9% pour l’Afrique subsaharienne. Tout ceci pour rassurer les populations ivoiriennes sur le fait que les statistiques, en matière de dette, démontrent une bonne maîtrise du niveau d’endettement public, pour autant qu’on veuille aller un peu plus loin dans l’analyse de cette question aux enjeux d’envergure nationale. Vous avez été choisi par le président Alassane Ouattara pour être candidat du RHDP aux législatives de 2021 à Diabo-Languibonou, dans le département de Botro, au centre du pays, où vous avez remporté votre siège de député. Quelle est votre conception de la politique? Voyez-vous une complémentarité entre vos fonctions de patron du Trésor et celles d’élu national de la République ? Je voudrais avant tout exprimer ma gratitude au président de la République, président du RHDP, pour cette nouvelle preuve de la confiance qu’il a placée en moi en me choisissant comme le candidat du parti pour briguer le poste de député dans la circonscription électorale de Diabo-Languibonou. Pour revenir à votre question, permettez-moi de faire remarquer que dans la pensée commune, il est de coutume d’établir une cloison étanche entre «la politique» et la vie en société. De mon point de vue, il ne devrait pas en être ainsi, si l’on s’en tient ne serait-ce qu’à l’étymologie du mot «politique», qui vient du grec Politikos, traduit en français par « cité organisée » ou « organisation d’une cité». Á partir de là , tout individu, à quelque niveau qu’il se situe dans la chaîne sociale, doit considérer comme un devoir citoyen le fait de contribuer à une meilleure organisation de la Cité dans laquelle il vit, de l’État auquel il appartient. Il me semble donc à propos que des cadres de l’administration s’impliquent, en première ligne si cela s’impose, dans le traitement des questions importantes touchant à l’avenir de la Cité. Car si ceux qui occupent de hautes fonctions au sein de l’État et qui bénéficient de la caution des plus hautes autorités ne s’engagent pas en politique, à qui d’autre voulez-vous confier cette mission? En ce qui concerne la question de savoir comment je perçois mes rôles de directeur général du Trésor et de la comptabilité publique et d’élu national, je voudrais dire que dans ces deux fonctions, je suis un citoyen mandaté : d’un côté par le chef de l’État, à travers l’appel à candidature, de l’autre par les populations, par le biais du suffrage électoral. Dans une mission comme dans l’autre, il s’agit de travailler au mieux-être de la Cité, de l’État, en méritant la confiance placée en moi par mes mandants.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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