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Entretien – Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique

Entretien – Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique

« Plus de 30 milliards de FCFA d’annulation de dette par le FMI »

Célestin Santéré Sanon, directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, évoque les grands chantiers que son administration ambitionne de réaliser. Parmi eux, la modernisation de la fonction bancaire par la fourniture de services aux clients, notamment la banque en ligne, le TresorMoney et le TresorPay.

Lors de sa dernière session, l’Assemblée nationale a rehaussé le niveau de recouvrement des ressources internes par la DGTCP au vu de ses performances antérieures, généralement supérieures à 100 %. Comment expliquez-vous ces très fortes performances et pensez-vous pouvoir réaliser une fois encore vos objectifs de recouvrement ?

Célestin Santéré Sanon : Les performances de la DGTCP en matière de recouvrement s’expliquent par la nature des recettes qui lui sont assignées. En effet, les recettes liées aux prestations offertes par l’administration publique ne sont pas toujours prévisibles. Dans le cas particulier de l’année 2020, un effet inattendu de la pandémie de Covid-19 tient au fait que l’or est devenu une valeur refuge : le cours de l’once est en forte augmentation, frôlant les 1 900 dollars. Eu égard à la performance réalisée au 31 décembre 2020, les prévisions de l’année 2021 ont été revues à la hausse de 5,5 milliards dans la loi de finances rectificative (LFR) votée en mai 2021 par l’Assemblée nationale. Si les tendances des cours de l’or se maintiennent, la DGTCP se donne l’ambition d’atteindre un taux de 100 % de son objectif de recouvrement au 31 décembre 2021, car les prévisions de recettes minières (91,211 milliards) représentent plus de 43 % de la prévision globale de la DGTCP au titre de l’année 2021 (208,524 milliards). Outre les recettes minières qui font l’objet d’une attention particulière, les autres recettes à fort potentiel seront suivies de près au moyen d’un dialogue permanent avec les services techniques concernés et de contrôles rapprochés sur le terrain. Votre direction a entrepris des chantiers de grande envergure afin de renforcer ses performances, dont la fonction bancaire du Trésor.

Que recouvre cette notion de fonction bancaire ?

La fonction bancaire fait partie des missions de la DGTCP. Á ce titre, la DGTCP assure la gestion des dépôts des fonds des organismes publics (dits correspondants du Trésor) dans ses livres. Ainsi, la DGTCP doit offrir à ces organismes les mêmes services que ceux offerts par les banques, conformément à la réglementation bancaire et dans les limites autorisées par la réglementation sur la comptabilité publique. Depuis quelques années déjà, la DGTCP réfléchit sur l’amélioration de la fonction bancaire pour atteindre au mieux cet objectif.

Avez-vous le plan d’action de son opérationnalisation et à quelle étape en êtes-vous ?

Après un audit effectué fin 2018, un plan d’action relatif à la mise en oeuvre des recommandations issues de l’étude a été élaboré dans l’objectif de renforcer cette fonction bancaire. Ce plan d’action a reçu l’accompagnement technique et financier de la Banque mondiale. Les principales actions prévues sont la relecture des textes régissant la gestion des dépôts de fonds en vue d’améliorer les procédures et les services offerts aux déposants du Trésor, la révision du système d’information dédié à la gestion des dépôts de fonds, la mise en place d’une plateforme de e-banking afin d’offrir des services en ligne à nos clients, et enfin la réorganisation institutionnelle des services en charge de cette fonction pour mieux répondre aux standards. En plus de ce plan d’action, d’autres actions sont en cours avec le groupement interbancaire monétique de l’UEMOA (GIM-UEMOA) dans le but d’offrir à la clientèle du Trésor l’utilisation de la monétique, notamment les cartes bancaires et les guichets automatiques de banque. Dans le cadre de sa politique de soutien aux États face à la crise du Covid-19, le FMI a annoncé l’allègement de la dette de 28 pays parmi les moins avancés.

Quel sera son impact sur la gestion de la dette ?

En effet, ces pays, dont le Burkina Faso, bénéficieront d’un décaissement de 238 millions de dollars, soit un peu plus de 132 milliards de FCFA, sous forme de dons du mécanisme CCRT (Catastrophe Containment and Relief Trust). S’agissant du Burkina Faso, cette annulation de la dette du FMI est de 13,68 milliards de FCFA concernant la période de juin à décembre 2020 et de 16,63 milliards de FCFA en 2021. De plus, notre pays a bénéficié d’un décaissement total de 69 300 409 920 FCFA de cette institution au titre de la Facilité rapide de crédit/Covid-19. Ainsi, l’allègement de la dette vient réduire l’encours de la dette publique, dégageant des ressources pour faire face aux effets de la pandémie. Par ailleurs, les ressources du FMI étant très peu onéreuses, elles permettent d’améliorer la qualité du portefeuille de la dette et de renforcer la crédibilité de l’État burkinabè auprès des autres partenaires techniques et financiers.

Quels sont les grands chantiers de la DGTCP à moyen terme ?

Dans le cadre du développement institutionnel au service de l’accomplissement efficace de ses missions, la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique a entamé l’élaboration d’un plan stratégique 2021-2025. Au regard des résultats du diagnostic stratégique, l’administration du Trésor envisage de réaliser plusieurs grands chantiers comme la modernisation de la fonction bancaire par la fourniture de services bancaires modernes aux clients, notamment la banque en ligne, le TresorMoney et le TresorPay, l’opérationnalisation de la plate-forme de paiement électronique ou digital, la gestion dynamique de la trésorerie par le biais du compte unique du Trésor, la mise en oeuvre efficace de la réforme comptable et le déploiement du management de la qualité pour une meilleure satisfaction des clients ou usagers des services du Trésor public. Quel sera leur impact sur les performances de votre département ? Notre objectif est d’aboutir à la certification de certaines prestations offertes par l’administration, à la digitalisation des procédures et process avec le e-trésor, et enfin au renforcement de la capacité des ressources humaines et à leur mobilisation autour de valeurs communes et de performance. La réalisation de ces chantiers permettra le recouvrement optimal des recettes, la célérité dans le traitement des dossiers, la réduction des délais de paiement, la viabilité du système financier et in fine, la satisfaction des usagers des services du Trésor et le financement efficace des politiques publiques en faveur du bien-être de la population. Je rappelle que la gouvernance a été au centre de la 22e Conférence annuelle des agents comptables des établissements publics de l’État (CACEPE) tenue en juillet dernier sur le thème « Quels dispositifs organisationnels de la DGTCP pour une meilleure performance des agences comptables ? »

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

Auteur

EA Magazine

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