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Entretien – Directrice générale du Fonds d’appui à la promotion de l’emploi

« En 2020, nous avons financé 1 635 projets et promu 16 802 emplois »

Acteur des mesures de relance économique annoncées par le président du Faso, le Fonds d’appui à la promotion de l’emploi (FAPE) dirigé par Karidiatou Dao-Ouédraogo lance une opération de refinancement pour les personnes économiquement affectées par le Covid-19.

Quel est le bilan du FAPE en 2020 et quelles sont les filières porteuses en matière d’entrepreneuriat ?

Karidiatou Dao-Ouédraogo : Pour 2020, nos actions se sont portées sur les principaux secteurs de l’activité économique. Nous avons financé 1 635 projets et promu 16 802 emplois, contre 304 financements et 2 479 emplois en 2019. Nous notons une nette évolution positive de nos actions, principalement en faveur de ceux qui exercent dans les secteurs de l’élevage et du commerce, qui représentent 70 % de nos promoteurs. Bien que nos interventions soient effectives sur l’ensemble du territoire, le plus grand nombre de demandes provient des régions les plus peuplées que sont le Centre, où se situe Ouagadougou, et les Hauts-Bassins, où se trouve Bobo-Dioulasso.

En 2021, quelles sont les tendances en matière de création d’emplois et d’incitation à l’auto-emploi ?

Sur l’année en cours, nos interventions vont se maintenir,  avec un appui spécifique aux entreprises négativement impactées par la pandémie de Covid-19. Nous ambitionnons aussi de renforcer nos actions de suivi et d’appui-conseil en vue d’améliorer le recouvrement. Dans le constat que nous faisons, les jeunes en zones urbaines semblent plus réactifs qu’en zones rurales face à des actions d’incitation à l’auto-emploi. En zones rurales, même s’il y a du chômage, la plupart des actifs ont une occupation, mais elle n’est pas forcément formelle. De plus, le niveau scolaire étant souvent moins élevé, ces jeunes demeurent plus longtemps dans l’informel. Dans les zones urbaines par contre, on rencontre aussi des diplômés en quête d’emploi. L’information circulant plus vite du fait des réseaux sociaux et de la promptitude des jeunes à rechercher les informations sur l’emploi, cela les rend plus réactifs.

Face à la crise sanitaire mondiale, quelles mesures de soutien ont été prises par le gouvernement et par le FAPE pour relancer l’économie ?

Le monde entier a connu une crise sans précédent en raison de la pandémie de Covid-19, et le Burkina Faso n’a pas été épargné. Bien que le taux de prévalence de la maladie ne soit pas élevé sous nos cieux, la paralysie économique mondiale qu’elle a occasionnée a durement impacté l’économie nationale. Aussi Son Excellence Monsieur le président du Faso a-t-il annoncé au mois d’avril un éventail de mesures de relance des activités économiques dans lesquelles devait s’inscrire le FAPE, spécifiquement pour le volet de refinancement des personnes négativement impactées par le Covid-19. Le coup d’envoi est prévu à partir du 3 septembre par un appel à projets. Au terme de cette phase, 9 023 demandes ont été reçues pour un montant global de plus de 35,313 milliards de FCFA, et 1 101 bénéficiaires déjà sélectionnés, pour un financement global de plus de 2,295 milliards de FCFA. Á ce jour, plus de la moitié des financements accordés est aux mains des bénéficiaires, et le processus de remise de chèque se poursuit. Il reste toutefois une demande résiduelle que nous espérons combler au mieux si le gouvernement consent à nous accorder une enveloppe supplémentaire.

Où en est le FAPE dans l’éligibilité à des guichets internationaux ou régionaux visant à renforcer ses capacités ?

Le FAPE demeure éligible dans les guichets internationaux, bien sûr, conformément au dicton « On ne change pas une équipe qui gagne ». Les partenariats que nous avons noués avec la BADEA et la BAD par l’entremise du gouvernement se sont avérés fructueux puisque nous avons réussi à financer en cinq ans 5 116 projets pour plus de 8 milliards de FCFA, soit plus de la moitié des financements octroyés depuis la création du Fonds. La demande est si forte qu’il serait dommage de ne plus pouvoir répondre, même au plus faible nombre de demandeurs. Ainsi, nous envisageons de renforcer nos partenariats en présentant des rapports de bonnes performances, mais surtout en étendant le niveau de partenariat à nos services non financiers pour obtenir plus de lignes de crédit ou des budgets plus substantiels. Depuis le début de nos relations, nos partenaires techniques et financiers nous accompagnent de façon plus poussée. Le gouvernement nous a renouvelé sa confiance en nous rétrocédant à nouveau un prêt avec la BADEA. La collaboration avec la BAD va bon train et connaît une bonne avancée. Nous voulons remercier ici ces partenaires pour l’accompagnement dont bénéficient, à travers nous, les Burkinabè.

Comment se déroule le recouvrement des créances et quel est le montant injecté dans le financement depuis 2016 ?

Le recouvrement repose d’abord sur la tenue de fiches individuelles actualisées en permanence quant au solde du promoteur. Chaque bénéficiaire de prêt est soumis à un échéancier de paiement à respecter, partie intégrante de son contrat. Pour les remboursements, il peut soit payer à la caisse du FAPE, soit souscrire à un ordre de virement permanent, soit verser les traites sur un compte du Trésor contre délivrance d’un reçu. En cas d’irrégularités, nous avons recours aux voies légales : lettres de rappel, convocations, descentes sur le terrain, mises en demeure et réalisation de la garantie. Pour le recouvrement, nous relançons souvent nos promoteurs, même si certains respectent les échéances, et nous les invitons à rembourser de façon régulière afin d’aller de l’avant dans la lutte contre le chômage et pour la  réduction de la pauvreté. Ils doivent savoir que nous comptons sur ces remboursements pour assurer le financement d’autres projets. Les actions de suivi-évaluation renforcent la proximité du FAPE avec ses promoteurs en permettant de s’assurer de la bonne utilisation des fonds prêtés et de mieux faire connaître nos services non financiers. Les bénéficiaires peuvent évoquer aussi bien les difficultés qu’ils rencontrent que les effets de nos financements sur l’évolution de leurs activités et de leur vie quotidienne. La confiance née de ces échanges favorise le recouvrement. Les rapports de suivi-évaluation font état d’une amélioration substantielle du niveau de vie des bénéficiaires : panier de la ménagère, taux de scolarisation des enfants, renforcement des commodités de transport des familles…

Pour ce qui est du montant injecté dans le financement de 2016 à 2020, nous sommes à 8 781 750 000 FCFA grâce auxquels nous avons financé 5 116 projets et créé/consolidé 38 844 emplois. En 2021, quelles sont vos priorités ?

Pour cette année, nos priorités sont particulièrement orientées vers le recouvrement de nos créances et le suivi des fonds octroyés aussi bien dans le cadre du FRE Covid que de nos financements ordinaires. Nous espérons ainsi avoir une enveloppe suffisante pour
faire face à la demande résiduelle. Nous envisageons en outre de multiplier les échanges de suivi pour nous assurer de l’amélioration des conditions de vie de nos promoteurs ainsi que pour les aider à faire fructifier leurs activités.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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