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Entretien – Ministre de la Jeunesse, de la Promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et de l’Emploi

Entretien – Ministre de la Jeunesse, de la Promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et de l’Emploi

« La formation doit être guidée par une volonté d’insertion professionnelle »

Salifo Tiemtoré, ministre de la Jeunesse, de la Promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et de l’Emploi, revient sur les enjeux de la 38e Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports de la Francophonie. Il décrit également les initiatives prises par le gouvernement en vue de stimuler le développement de la formation professionnelle.

Après Marrakech (Maroc), Ouagadougou a abrité du 23 au 27 février 2021 la 38e Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports (CONFEJES). Quel a été le bilan des activités de l’année 2020 et sur quelle programmation a débouché cette rencontre ?

Salifo Tiemtoré : Du 23 au 27 février 2021, le Burkina Faso a accueilli la 38e Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports de la Francophonie (CONFEJES). Cette rencontre a réuni une quarantaine de participants venus des pays membres de la CONFEJES. Elle a été précédée d’une réunion des experts, qui a examiné l’ensemble des documents soumis à l’ordre du jour, notamment le rapport de bilan de la mise en oeuvre des activités de l’année 2020, le projet de programmation de l’année 2021, les réformes institutionnelles et l’élection du secrétaire général de la CONFEJES. Il ressort que malgré le contexte de la crise sanitaire, la CONFEJES a pu réaliser plus de 80 % de ses activités. Cela a été possible grâce à la mise en place du télétravail et de la visioconférence. Pour ce qui est de la programmation de l’année 2021, l’accent est mis sur le renforcement de l’employabilité des jeunes, l’éducation permanente des jeunes, le développement du sport d’élite, et enfin la participation des jeunes filles et femmes aux activités de jeunesse et de sport.

En termes d’initiatives, quelles réformes institutionnelles importantes ont été envisagées lors de cette rencontre ?

Les propositions de réformes ont porté sur la possibilité de recrutement local pour pourvoir le poste de directeur administratif et financier, jusque-là confié à un intérimaire, car les résultats du recrutement international ont été infructueux à deux reprises. Il a aussi été proposé de créer un programme « Promotion des loisirs » pour compléter les trois programmes existants : jeunesse, sport et gouvernance. Mais l’enjeu majeur de la 38e Conférence de la CONFEJES était l’élection du secrétaire général. Pour rappel, Monsieur Ali Boureima Harouna, ancien secrétaire général, est décédé début août 2020 avant la fin de son mandat, rendant le poste vacant. Pour pourvoir ce poste, cinq candidatures ont été enregistrées, dont celle du Burkina Faso représenté par Monsieur Alexandre Yougbaré, ancien directeur des Programmes sports de la CONEJES. Après plusieurs concertations, c’est finalement Madame Louisette-René Ndédi, de nationalité camerounaise, qui a été élue secrétaire générale de la CONFEJES pour un premier mandat de 4 ans. C’est une première dans l’histoire de la CONFEJES. Précisons qu’à partir de cette 38e Conférence, le Burkina Faso assure la présidence en exercice de la CONFEJES pour un mandat de deux ans, après avoir assuré la vice-présidence de 2019 à 2021. Ainsi, il appartient désormais à notre pays de coordonner l’ensemble des activités de la CONFJES et du secrétariat général et d’en rendre compte aux États et gouvernements membres. C’est donc une opportunité pour le pays de faire implémenter des programmes innovants en faveur de la promotion de la jeunesse, des sports et des loisirs.

Quelle est la politique du Burkina Faso en matière de formation professionnelle ?

En 2008 a été adoptée la Politique nationale d’enseignement et de formation techniques et professionnels (PN/EFTP), qui a pour vision de « faire du Burkina Faso un pays émergent possédant une expertise qualifiée, suffisante et disponible dans tous les corps de métiers, et susceptible de valoriser le potentiel économique du pays ». Depuis l’adoption de la PN/EFTP, des initiatives ont été prises en vue de stimuler la place et le rôle de la formation professionnelle dans l’édification d’une société de la connaissance reposant sur les compétences de la main-d’oeuvre. De ce fait, au plan opérationnel, la politique en matière de formation professionnelle met l’accent notamment sur l’élargissement de l’accès à la formation professionnelle grâce à la construction de centres publics de formation professionnelle, à la délivrance d’autorisations pour la création de centres privés de formation professionnelle, à la future mise en oeuvre des unités mobiles de formation (UMF), à l’octroi de bourses et subventions diverses aux jeunes ainsi qu’aux efforts de réduction des coûts de formation, à la consolidation de la qualité de la formation professionnelle en mettant en place une nouvelle architecture de programmes de formation selon l’approche par les compétences (APC), à la formation des gestionnaires et personnels de direction des centres de formation professionnelle (CFP), à la modularisation de l’offre de formation, et enfin à l’élaboration des programmes de formation suivant l’APC. Le point axial de cette gouvernance nouvelle est l’inclusion, avec l’implication du privé dans la gestion du système national de développement des compétences techniques et professionnelles.

Comment se traduit dans les faits la participation du privé aux processus de formation professionnelle ?

La Charte de partenariat public-privé en matière de formation et d’insertion professionnelles a été signée en 2018. De même, l’État a consenti à lui laisser la gestion du Programme d’appui à la formation et à l’apprentissage par le biais d’une approche duale adaptée au Burkina Faso (PAFPA-Dual) au Conseil national du patronat burkinabè (CNPB), de la mise en place d’un financement adapté et soutenable qui prend essentiellement appui sur la réforme du Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (FAFPA), de la mise en oeuvre du contrat-plan par lequel l’État s’engage à octroyer au FAFPA 9 milliards de FCFA sur la période 2019-2021, et enfin de la rénovation de la certification professionnelle, qui apparaît comme une nécessité d’élévation du niveau de compétences de la main-d’oeuvre et d’une plus grande promotion des titres professionnels.

Justement, en quoi consiste la réforme de la certification professionnelle en cours d’élaboration ?

La réforme de la certification professionnelle en cours vise principalement à mettre en place un système de certification professionnelle qui prenne en compte l’ensemble des éléments du système d’éducation et de formation d’un pays menant à la délivrance d’une certification. La création d’un lien plus étroit entre formation et insertion professionnelle répond au postulat que la formation doit être guidée par une volonté d’insertion professionnelle. Cela suppose que l’on passe d’une logique d’offre de formation à une logique de demande de formation. Ce changement paradigmatique impose à l’institution d’anticiper les besoins en compétences du monde productif afin d’y répondre efficacement, de développer la formation professionnelle continue et la reconversion professionnelle afin de répondre aux besoins des entreprises et des travailleurs désireux d’évolution professionnelle ainsi qu’à la nécessité d’offrir une chance de réinsertion professionnelle aux travailleurs ayant perdu leur emploi consécutivement à des fermetures d’entreprises.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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