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Entretien – Ministre de l’Agriculture, des Aménagements hydro-agricoles et de la Mécanisation

Entretien – Ministre de l’Agriculture, des Aménagements hydro-agricoles et de la Mécanisation

« Notre ambition : faire progresser l’emploi de 30 % dans le secteur primaire »

Salifou Ouédraogo, ministre de l’Agriculture, des Aménagements hydro-agricoles et de la Mécanisation, explique pourquoi le volet mécanisation a été ajouté à son portefeuille et nous détaille les actions prioritaires de sa feuille de route pour 2021.

Peut-on savoir pourquoi le président burkinabè a estimé nécessaire d’ajouter à votre portefeuille ministériel le volet mécanisation ?

Salifou Ouédraogo : Son Excellence Monsieur le président du Faso a fait de l’accroissement significatif de la productivité du secteur agricole un levier majeur pour réaliser la transformation structurelle de l’économie du pays et mettre fin au cycle récurrent de déficit céréalier. Comme vous le savez, le faible niveau de mécanisation de l’agriculture burkinabè, essentiellement manuelle et dont le recours à la traction animale est récent, se révèle l’une des causes principales de sa faible productivité ainsi que de son manque d’attractivité, surtout pour les jeunes. Ainsi, durant son premier mandat, le président a engagé de grandes initiatives additionnelles aux interventions habituelles : mise à la disposition des producteurs de 1 051 tracteurs à prix subventionnés, accompagnement d’un privé dans la mise en place d’une unité de montage et création d’une centrale d’achats des intrants et matériels agricoles (CAIMA) au profit des acteurs de la mécanisation. Au regard de ces acquis et convaincu que leur inscription dans la durée est l’unique gage d’obtention des effets attendus sur l’augmentation durable de la productivité et la modernisation de l’agriculture, conformément à l’agenda 2063 de l’Union africaine, le président a donc jugé opportun d’adjoindre le volet mécanisation à la dénomination du département en charge de l’Agriculture. En affichant cette ambition, il engage ce département à aborder la problématique de la mécanisation agricole en intégrant tous les maillons de la filière. Il s’agit de mettre l’accent sur les grande et moyenne motorisations au regard des acquis engrangés dans la traction animale, de soutenir et mettre à l’échelle les innovations en cours en matière de motorisation agricole, de créer l’environnement adéquat pour assurer l’utilisation optimale et l’entretien des différents équipements motorisés, et enfin d’assurer la viabilité des investissements structurants réalisés dans ce domaine, notamment les unités de montage de tracteurs et motoculteurs ainsi que la centrale d’approvisionnement en intrants et matériels agricoles. Pour y parvenir, l’ajout du volet mécanisation nous impose une réorganisation institutionnelle avec la mise en place d’une direction générale en charge de la mécanisation agricole au sein du département ministériel de l’Agriculture.

Quelles sont les potentialités du site de production de pomme de terre par 200 femmes déplacées venues s’installer à Goinré, dans la commune de Ouahigouya, site que vous avez d’ailleurs visité le 21 février dernier ?

Situé dans la commune de Ouahigouya, dans la province du Yatenga, Goinré est effectivement une localité qui a accueilli des déplacées internes compte tenu de sa proximité avec les zones à défis sécuritaires. Elle abrite un barrage d’une capacité de 19 888 000 mètres cubes construit en 1967 et qui assure le ravitaillement en eau potable et celui destiné à la production agricole. Cette retenue d’eau offre une capacité potentielle d’aménagement estimée à 30 hectares de bas-fonds et à 80 hectares de périmètres irrigués. Selon nos estimations actuelles, 63 hectares de périmètres irrigués et 20 hectares de bas-fonds y sont effectivement exploités, principalement pour des productions maraîchères et céréalières en saisons sèche et humide. Les producteurs de ces sites sont accompagnés par l’État et ses partenaires au développement, dont la FAO, par le biais de formations sur les itinéraires techniques ainsi que d’accès aux semences, aux engrais et aux équipements, notamment les motopompes et les tubes PVC. La commune a reçu des réfugiés dont le nombre était estimé en 2019 à 1 654 personnes déplacées internes et dépourvues de leurs moyens d’existence. Au regard de cette situation particulière et après échanges avec les populations hôtes, nous avons engagé une initiative d’exploitation pilote au profit des femmes déplacées internes de la localité pour la mise en valeur d’un périmètre aménagé de 10 hectares consacrés à la production de pomme de terre. Elle est de 400 tonnes environ, avec un bénéfice net de 64 166 000 FCFA.

En 2021, quelles sont vos priorités ?

Pour consolider le rôle du secteur primaire comme levier à fort potentiel dans le processus de transformation  de l’économie, notre ambition affichée est d’y faire progresser de 30 % la productivité de l’emploi. Le taux d’atteinte des rendements potentiels agricoles devrait passer de 44 % en 2019 à 60 % en 2025, le taux de couverture des besoins céréaliers à plus de 120 % en moyenne par an et le taux de commercialisation des produits agricoles de 37 % en 2020 à 44 % en 2025.Pour obtenir ces effets attendus, nous envisageons cette année de mettre à l’échelle l’initiative « modèle d’exploitation agricole innovante, résiliente et performante AIRP » et d’étendre l’assurance agricole à plusieurs autres produits agricoles. La réalisation de l’initiative présidentielle « produire un million de tonnes de riz » est aussi l’une de nos priorités. Nous entendons contribuer fortement à dynamisation de l’agropole de Bagré, à la réalisation des agropoles du Sourou et de Samendeni, et enfin à l’opérationnalisation de l’incubateur du centre agricole polyvalent de Matourkou avec au moins 50 jeunes professionnels en formation. Rendre disponibles des intrants agricoles à travers la centrale d’approvisionnement en intrants et matériels agricoles (CAIMA) et l’unité de production d’engrais minéral constitue une autre préoccupation fondamentale. Nous allons parachever la mise en oeuvre du mécanisme révisé de distribution électronique des intrants et matériels agricoles, mettre à l’échelle la e-vulgarisation des bonnes pratiques agricoles, doter chaque commune d’au moins une unité de mécanisation agricole ainsi que d’une coopérative d’utilisation du matériel agricole, et chaque province d’un atelier de maintenance et réparation des équipements agricoles. Nos priorités portent également sur la mise à la disposition des producteurs d’au moins 10 000 unités d’équipement motorisé intermédiaire et 2 000 unités d’équipement de grande motorisation, et sur le maillage total des communes par les services fonciers ruraux (SFR) afin de faciliter la sécurisation foncière agricole. Enfin, nos chantiers concernent l’amélioration du taux de transformation des produits agricoles par l’installation de 15 nouvelles unités de transformation, portant ainsi à 45 le nombre d’unités mises en place par mon département, et par le renforcement du capital humain dans toutes ses dimensions au moyen de la formation professionnelle agricole.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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