logo

Entretien – Ministre de l’Économie, des Finances et du Développement

Entretien – Ministre de l’Économie, des Finances et du Développement

« Le PIB réel ressortirait à 7 % en 2021, contre 2,5 % en 2020 »

Optimiste, Lassané Kaboré, ministre de l’Économie, des Finances et du Développement, prévoit un retour de croissance tiré principalement par les secteurs secondaire (+8,3 %) et tertiaire (+7,9 %). Il estime aussi que la consommation des ménages connaîtra une progression de 7,9 % de 2020 à 2021.

Quelles sont les priorités inscrites dans la loi de finances 2021, année où la pandémie de Covid-19 est toujours présente ?

Lassané Kaboré : Les priorités du budget de l’État, exercice 2021 sont déterminées selon l’approche budget- programme de l’État 2021-2023. Les orientations et les choix stratégiques tiennent compte des axes définis pour la mise en oeuvre du PNDES et des défis liés au contexte économique et social actuel. Ces priorités se déclinent autour de quatre axes stratégiques. En premier le renforcement de la sécurité et de la cohésion sociale, ensuite la promotion d’une bonne gouvernance, puis le développement du capital humain, et enfin la dynamisation des secteurs porteurs pour l’économie. Pour ce qui est du secteur de la santé, outre les actions en cours en vue de l’amélioration de notre système de santé dans son ensemble, le gouvernement poursuivra la mise en oeuvre du plan de riposte au coronavirus tout en travaillant à achever les chantiers prioritaires pour apporter une réponse efficace dans la prise en charge des autres pathologies.

La consommation des ménages et les investissements seront-ils toujours les principaux moteurs de croissance du PIB en 2021 ?

La croissance en 2021 devrait renouer avec son dynamisme d’antan, dans l’hypothèse d’une maîtrise du Covid-19, d’une situation sécuritaire apaisée, d’une pluviosité favorable et d’une poursuite de l’apaisement de la fronde sociale. Ainsi, l’activité économique en 2021 enregistrerait une reprise de son rythme de croissance, avec un taux de croissance du PIB réel qui ressortirait à 7,0 %, contre 2,5 % en 2020, soit un gain de 4,5 points de pourcentage. Cette croissance serait tirée principalement par les secteurs secondaire (+8,3 %) et tertiaire (+7,9 %). Effectivement, comme pour la majorité des pays en développement, la croissance au Burkina Faso en 2021 serait tributaire de la consommation finale. En effet, la croissance selon les emplois serait tirée en 2021 principalement par la consommation finale, l’investissement et les exportations nettes. En valeur nominale, la consommation finale ressortirait à 8 499,4 milliards de FCFA en 2021, contre 7 874,8 milliards en 2020, soit une progression de 7,9 %. Cette évolution serait soutenue par les sous-secteurs privé (+9,2 %) et public (+4,4 %). En termes réels, la consommation finale enregistrerait une hausse de 3,2 % en 2021, contre 0,0 % en 2020, soutenue à la fois par les sous-secteurs privé (+3,4 %) et public (+2,5 %). Le 25 février dernier, vous avez animé la première session 2021 du conseil d’administration de votre ministère (CASEM) sur le thème « Stratégies de relance économique dans un contexte de crise sécuritaire et sanitaire ».

Quelles ont été les préconisations formulées pour relancer l’économie de votre pays ?

Mon département, en raison de sa mission transversale, à savoir le pilotage de l’économie et des finances publiques, la gestion du développement et l’aménagement du territoire, est plus qu’interpellé par la double crise sécuritaire et sanitaire, et doit de ce fait proposer au gouvernement des pistes pour la relance économique. Les facteurs défavorables qui pourraient faire dérailler la reprise sont notamment une résurgence des cas de Covid-19, le surendettement, la volatilité des marchés financiers qui entrave les flux de capitaux, la faiblesse des prix des matières premières, la baisse des revenus du tourisme et des envois de fonds, les événements météorologiques extrêmes ainsi que les tensions sociales. Les facteurs favorables qui pourraient entraîner une croissance meilleure que prévue sur le continent comprennent le déploiement efficace de traitements et de vaccins contre le Covid-19, la mise en oeuvre complète de l’Accord de libre-échange continental africain, et des progrès continus dans la transformation structurelle, avec notamment la digitalisation. Les échanges ont permis de dégager des pistes propres à assurer une relance économique véritable et porteuse de progrès pour notre pays, au rang desquelles la poursuite des réformes majeures dans le secteur de l’énergie et de l’amélioration du climat des affaires, la poursuite de la mise en oeuvre de mesures de soutien aux couches vulnérables et aux secteurs fortement touchés par les effets du Covid-19 (transport, hôtellerie, restauration, etc.), la promotion de la participation citoyenne à la sécurité nationale en renforçant la confiance entre la population et les forces de défense et de sécurité, la promotion de la consommation endogène en suscitant l’investissement productif, et enfin le développement du tissu industriel en créant les conditions pour un meilleur positionnement au niveau continental.

Au cours de cette session, quel a été le bilan du programme d’activités de votre département en termes d’acquis enregistrés au 31 décembre 2020 ?

En dépit du contexte sécuritaire et sanitaire difficile, la mise en oeuvre du plan de travail 2020 a été satisfaisante, et d’importants résultats ont été enregistrés, parmi lesquels on peut citer la mobilisation de 1 749,65 milliards de FCFA de recettes propres par l’ensemble des régies sur une prévision annuelle révisée de 1 722,84 milliards, soit un taux de recouvrement de 101,75 %, la publication du rapport préliminaire du 5e recensement général de la population et de l’habitation (RGPH-V), qui permet une meilleure connaissance de la population et une meilleure planification du développement, l’élaboration et la mise en oeuvre du Programme de réalisations des infrastructures socioéconomiques, et enfin l’exécution en cours des travaux de réalisation de 2 872 infrastructures dans 7 régions (Boucle du Mouhoun, Centre-Est, Centre-Nord, Centre-Sud, Est, Nord et Sahel), dont 1 845 infrastructures achevées et en cours de réception dans le cadre du Programme d’appui au développement des économies locales et du Programme de réalisation des infrastructures socioéconomiques. Citons aussi l’élaboration et la mise en oeuvre d’un plan de riposte au Covid-19, l’élaboration de la Matrice d’actions prioritaires du Programme d’urgence pour le Sahel (MAP/PUS-BF) avec l’appui des partenaires (Système des Nations unies, Banque mondiale, Banque africaine de développement et Union européenne) dans l’objectif d’identifier les priorités urgentes en matière de prévention et de consolidation de la paix dans la zone d’intervention du PUS-BF, et enfin la vérification de 906 postes comptables et de 266 contrats de marchés publics ainsi que les audits financiers et comptables de 10 établissements publics de l’État, de 10 collectivités territoriales et de 10 projets et programmes dans le cadre de la transparence dans la gestion des finances publiques.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52