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Entretien – Ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières

Entretien – Ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières

« Nous voulons éclairer tout le pays grâce à la technologie solaire »

Le Dr Bachir Ismaël Ouédraogo, ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, indique que la filière aurifère, avec une production de 60 tonnes, a généré plus de 2 000 milliards de FCFA de revenus en 2020. Il ambitionne d’accroître la production minière en misant sur la stratégie du local content.

Pour son second quinquennat, pourquoi le président Roch Marc Christian Kaboré a-t-il estimé nécessaire de fusionner les ministères de l’Énergie et des Mines ?

Dr Bachir Ismaël Ouédraogo : L’énergie et les mines sont les moteurs de notre économie. Cette fusion est une volonté du président du Faso, S.E.M. Roch Marc Christian Kaboré, dans sa vision de faire des secteurs porteurs comme l’énergie et les mines des leviers de développement socioéconomique du Burkina Faso. Cela doit nous permettre de concrétiser l’accès universel à l’énergie grâce au potentiel minier. Et nous devons produire des résultats pour répondre aux attentes des Burkinabè. Sans énergie, point de développement. Au cours des cinq dernières années, le taux d’accès à l’électricité est passé de 18 à 45 %. Notre objectif est d’atteindre le seuil de 75 % à l’horizon 2025. Quant au secteur minier, la filière aurifère a généré plus de 2 000 milliards de FCFA de revenus en 2020, avec une production de 60 tonnes, et nous voulons accroître la production minière en misant sur la stratégie du local content. Il s’agit de faire en sorte que des PME et des hommes d’affaires burkinabè puissent prendre des parts de marché dans la chaîne de commande, et d’inciter les investisseurs locaux à saisir les opportunités du secteur.

Comment comptez-vous inciter les hommes d’affaires burkinabè à entrer dans la chaîne de commande, et cet objectif est-il inscrit dans la feuille de route que le chef de l’État vous a remise ?

En effet, la feuille de route que nous a donnée le chef de l’État est claire sur ce point. Nous avons mis en place une direction générale consacrée à la promotion des économies minières et énergétiques, de façon à favoriser l’émergence de PME fortes, capables de construire des centrales et des mines. Cela va nous permettre d’installer des industries pour préparer « l’après-mine » en utilisant le potentiel du secteur extractif afin de développer d’autres pans de l’économie. Déjà, nous nous réjouissons d’avoir obtenu l’extension de la mine de Bomboré, financée par une banque locale, et d’avoir octroyé le premier permis minier détenu à 100 % par des capitaux burkinabè, Salma Mining. Une autre de nos priorités est la baisse du coût de l’énergie, qui représente 40 % du prix de l’once d’or produite. Paradoxalement, les mines disposent de 400 mégawatts off grid (hors réseau). Cette puissance peut servir à électrifier les villages environnants, et l’excédent peut être injecté dans le réseau connecté de la SONABEL. Vous avez présidé le 19 février 2021 la cérémonie de lancement de Mousstakbal Négoce, une entreprise burkinabè qui évolue dans le domaine des énergies renouvelables.

Sachant que votre pays importe 55 à 60 % de son électricité du Ghana et de la Côte d’Ivoire, pensez-vous que les opportunités offertes par la technologie solaire peuvent réduire sa dépendance énergétique ?

Effectivement, le Burkina Faso importe 55 à 60 % de sa consommation d’électricité de la sous-région, principalement du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Il y a des pays qui ont du pétrole, d’autres ont du gaz : au Burkina Faso, nous avons le soleil. Notre pays a une opportunité en or avec le solaire car il bénéficie du meilleur ensoleillement de la sous-région. De plus, la technologie solaire est la moins chère au kilowattheure comparée aux autres technologies. Notre ambition est d’utiliser ce potentiel pour éclairer tout le Burkina. C’est pourquoi j’ai présidé le 19 février 2021 l’inauguration du siège de Mousstakbal Négoce, une entreprise évoluant dans le domaine des énergies renouvelables. Le potentiel est énorme et nous comptons sur le secteur privé pour atteindre cet objectif. Ce sont 16 centrales solaires qui sont construites ou en cours de réalisation, et le solaire représente 60 % du mix énergétique. Aujourd’hui, moins de 50 % de la population burkinabè a accès à l’énergie. L’ambition du gouvernement, c’est l’accès universel à l’énergie à l’horizon 2030. Nous sommes en train de travailler à tendre vers l’autosuffisance et la sécurité énergétiques avec de grands projets que nous allons mettre en oeuvre. Le Programme de financement de la politique de développement du commerce régional de l’énergie en Afrique de l’Ouest-Burkina Faso va permettre d’accroître le commerce régional de l’électricité en vue de renforcer la sécurité énergétique, de réduire le coût de l’électricité et de soutenir la croissance économique dans la région. Á travers le programme Yeleen, mon département ambitionne de développer la production photovoltaïque sur le réseau et de faciliter l’intégration de cette production avec l’ajout de moyens de stockage. En outre, il s’agira de densifier le réseau en améliorant l’accès par le réseau SONABEL, et de développer un modèle d’électrification rurale en s’appuyant sur la génération solaire. Avec le programme Yeleen, nous allons non seulement augmenter l’offre d’énergie électrique, réduire la dépendance énergétique du pays mais aussi baisser le coût de production de l’électricité en contribuant à limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Au 31 décembre 2020, le secteur minier a produit 60 tonnes d’or et généré 2 000 milliards d’exportation, contribuant à 15 % du budget de l’État, soit plus de 322 milliards de FCFA. Pour 2021, les perspectives seront elles meilleures ?

Nous pensons que les perspectives pour 2021 seront meilleures. Le cours mondial de l’or est fort. Nous avons plusieurs projets en cours d’exécution. Le secteur minier burkinabè est en pleine expansion. Pour maintenir le cap de la performance et maximiser les retombées de notre secteur minier au profit des populations, nous devons parvenir à minimiser les risques qu’engendrent l’insécurité et la maladie liée au coronavirus. D’ores et déjà, nous sommes confiants dans le fait que ce secteur sera résilient. Un accent particulier sera mis sur le renforcement des capacités de la Brigade nationale anti-fraude de l’or, l’Inspection des mines et l’Agence nationale d’encadrement des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées à travers un projet de 600 millions de FCFA signé en 2019, qui s’étale sur deux ans et dont l’objectif global est de « promouvoir les bonnes pratiques dans l’exploitation minière artisanale tout en minimisant ses impacts négatifs sur l’environnement et sur la santé humaine ». Nous allons aussi renforcer l’opérationnalisation des fonds, intensifier l’exploitation industrielle, et enfin mettre en place l’école des métiers de la mine.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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