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Entretien – Ministre d’État, ministre de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale

Entretien – Ministre d’État, ministre de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale

« Nous devons établir un nouveau pacte du vivre-ensemble »

Une mission « hante les nuits » de Zéphirin Diabré, ex-chef de l’opposition devenu ministre d’État en charge de  la Réconciliation : il doit préparer un Forum national de la réconciliation où « rien ne sera fait qui puisse donner le sentiment que l’on cherche à promouvoir l’impunité ».

En votre qualité de leader de l’UPC, poids lourd de cette opposition dont vous étiez encore le chef de file en 2020, quel sens donnez-vous à votre alliance avec la majorité présidentielle ?

Zéphirin Diabré : Les alliances entre partis politiques font partie de la dynamique du jeu démocratique. Notre loi a même intégré cette donne puisque, au lendemain de chaque élection législative, les partis sont invités à déclarer leur appartenance à la majorité ou à l’opposition. Si les positions devaient être figées, cette disposition n’aurait pas été écrite. Dans le cas particulier que vous évoquez, je veux d’abord saluer l’esprit d’ouverture de Son Excellence Roch Marc Christian Kaboré, président du Faso qui, au lendemain de sa réélection à la tête du pays, après une analyse avisée des défis que doit relever le pays, a pris langue avec une partie de l’opposition pour nouer une alliance de gouvernement. Notre alliance, même si elle concerne forcément tous les compartiments de la gestion du pays, est mise en  exergue par la mission de réconciliation nationale que le président du Faso a bien voulu me confier, et pour laquelle je lui exprime toute ma gratitude. Dans l’étape actuelle de la vie de notre nation, c’est une mission de salut public qu’aucun homme politique soucieux de l’avenir de ce pays ne peut refuser. Cela dit, je n’appartiens plus au club des hommes politiques qui doivent faire une carrière ministérielle pour se construire. Dieu m’a déjà comblé dans ce domaine, et même au-delà. Aujourd’hui, j’ai un objectif important à court terme : réussir la tenue du Forum national de réconciliation qui marquera un nouveau départ pour notre pays. C’est cela qui me fait courir, et rien d’autre. Le président Kaboré s’est prononcé en faveur de la tenue d’un grand forum de réconciliation en 2021.

Avez-vous une idée du calendrier de cet événement ? L’ancien président Blaise Compaoré sera-t-il présent ? Et quelle sera l’importance de cette rencontre politique ?

Le président du Faso a effectivement décidé de la tenue du Forum national de réconciliation. Le Conseil des ministres vient d’en discuter. Le principe est acté. Les préparatifs vont bientôt commencer. La date sera communiquée en temps opportun. Ce forum rassemblera toutes les forces vives de la nation. Son importance politique va de soi : c’est l’instant solennel où les Burkinabè vont sceller la réconciliation et se donner les instruments pour panser leurs plaies, pour raffermir leur cohésion, et enfin pour éviter la répétition des faits générateurs de besoins de réconciliation. À ce stade, je ne peux pas vous dire si l’ancien président Blaise Compaoré sera présent ou pas. Du reste, sa présence ou non au Burkina Faso n’est pas forcément liée au calendrier du forum.

La réconciliation ne risque-t-elle pas de donner un sentiment d’impunité alors que les victimes de la période Blaise Compaoré, y compris celles du soulèvement populaire d’octobre 2014 et du coup d’État de septembre 2015, réclament justice ?

La démarche de réconciliation s’appuie sur le triptyque vérité-justice-réconciliation. Le dernier Conseil des ministres l’a réaffirmé avec force. Rien ne sera fait qui puisse donner le sentiment que l’on cherche à promouvoir l’impunité. Nous sommes conscients de la forte soif de vérité et de justice de notre peuple. Les Burkinabè peuvent être rassurés : cette soif sera étanchée. Cela dit, il est important que les uns et les autres comprennent que la réconciliation nationale ne se limite pas aux crimes de sang ou aux questions purement politiques, même si ceux-ci en constituent la dimension la plus dramatique. Les besoins de réconciliation dans notre pays couvrent un large spectre de problématiques. Nous devons les traiter toutes, et nous allons le faire. Le 28 janvier 2021, vous avez rencontré le Mogho Naaba Baongo dans son palais.

Quel rôle peut-il jouer dans la réconciliation nationale ? D’autres souverains traditionnels du pays ont-ils aussi été consultés sur ce sujet sensible ?

Le Mogho Naaba est une institution qui occupe une place très spéciale dans notre histoire et notre culture. La réconciliation fait partie de son ADN et de son quotidien. Il était donc indiqué que je lui rende une visite de courtoisie à l’entame de ma mission. Ses avis et conseils sont nécessaires pour imaginer l’architecture des mécanismes de réconciliation. Et son engagement apporte indiscutablement une crédibilité fortement utile au succès de la démarche du gouvernement. Comme lui, d’autres souverains et chefs traditionnels à travers le pays ont été consultés. Ils ont tous indiqué leur disponibilité à accompagner le gouvernement dans cette démarche de réconciliation nationale.

En 2021, quels sont votre feuille de route et vos objectifs ?

Dans les mois de 2021 qui restent, nous devons entre autres écrire, finaliser et faire adopter par le Conseil des ministres quatre documents de stratégie : une stratégie nationale de réconciliation, une stratégie nationale de cohésion sociale, une stratégie nationale de lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent, et enfin un nouveau pacte du vivre-ensemble. Nous devons aussi déployer un instrument d’orientation et de suivi de toute la démarche. Il nous faut également mener des concertations à la base pour recueillir les sentiments et les propositions des populations sur la question de la réconciliation nationale, puis organiser le Forum national de réconciliation. En plus de sceller solennellement la réconciliation, ce forum adoptera les quatre stratégies annoncées et mettra en place l’organe devant dérouler les mécanismes de réconciliation. S’il y a bien un objectif important qui hante mes nuits, c’est celui-là.

Propos recueillis par Paul de Manfred

Auteur

EA Magazine

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