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Entretien – Ministre du Tourisme et des Loisirs

Entretien – Ministre du Tourisme et des Loisirs

« Une destination Côte d’Ivoire compétitive, attractive et intelligente »

Siandou Fofana, ministre du Tourisme et des Loisirs, vante les réformes relatives au classement des hôtels, restaurants et maquis. En tant que président du Conseil exécutif de l’Organisation mondiale du tourisme, il dévoile aussi les priorités inscrites sur sa feuille de route.

Le secteur touristique, l’un des plus touchés par les conséquences de la pandémie de Covid-19, a perdu plus de 50 % de son chiffre d’affaires. Quels espoirs le gouvernement place-t-il dans la reprise de cette activité stratégique ?

Siandou Fofana : Nous l’avons constaté, l’activité touristique mondiale a connu une baisse de chiffre d’affaires de 80 %. Sachant que le tourisme est le 3e secteur exportateur au monde, on comprend l’ampleur de cette crise sur l’économie mondiale, une situation inédite depuis la période d’après-crise. Pour la première fois, une récession d’ampleur planétaire affecte notamment les économies de grande envergure. En Côte d’Ivoire, durant cette période, nous avons enregistré dans ce secteur une baisse de 70 % du chiffre d’affaires. Malgré les mesures prises par le gouvernement et que nous jugeons idoines, trois fonds de soutien ont été mis sur pied en parallèle : le premier dédié aux PME et PMI du secteur, le deuxième à caractère social afin de soutenir les salariés ayant fait l’objet de licenciements techniques et économiques, et le troisième visant à créer les conditions de la reprise en finançant du mieux possible une partie des exploitations.Toutes ces initiatives ont concouru à relancer la machine de production. En outre, nous sommes persuadés que le gouvernement garde de très bons espoirs, dans la mesure où notre pays n’a pas été très impacté par cette pandémie en termes de contamination : sur un peu plus de 46 000 malades infectés par le Covid-19, seuls 290 cas sont encore en souffrance. Votre gouvernement a adopté le 19 janvier 2022 un décret portant application obligatoire de la norme de classement des hôtels, des restaurants et des maquis. Cette stratégie de développement touristique appelée « Sublime Côte d’Ivoire » va-t-elle donner plus de visibilité à la destination Côte d’Ivoire ? Je répondrai par l’affirmative. Tout naturellement, on constate que « Sublime Côte d’Ivoire » a permis à bien des acteurs, ici et ailleurs, de bénéficier du regain d’intérêt envers notre pays. Des investissements hôteliers sont en cours : le Novotel Abidjan Marcory, l’appart hôtel Adagio Abidjan, etc. D’autres sont en voie de réalisation : trois projets hôteliers, dont un établissement à San Pedro par le consortium égyptien Q USS. Dans une sous-région en proie à des tensions, cela résulte aujourd’hui d’une certaine stabilité due au leadership éclairé du président Alassane Ouattara et à sa volonté de hisser notre pays vers les sommets pour favoriser l’émergence d’une classe moyenne plus étoffée. C’est pourquoi nous voulons offrir à la jeunesse de cette classe moyenne les meilleures perspectives de détente, de loisirs et d’expression, avec les ambitions attachées aux neuf réformes phares de « Sublime Côte d’Ivoire ». Quelle est la finalité de ces nouvelles normes ? L’objectif, avec les nouvelles normes de classement des établissements hôteliers et des restaurants, est de mettre en avant la compétitivité de la destination Côte d’Ivoire, de la rendre attractive et plus intelligente par le biais des instruments nouveaux que nous offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication, cette forte digitalisation ayant pour but de démultiplier notre croissance touristique. En outre, nous sommes convaincus que dans le tourisme d’affaires, bien d’autres acteurs peuvent impulser cette dynamique. Lorsque j’ai eu l’occasion d’accueillir des touristes dans mon pays, mes équipes et moi n’avions qu’un seul mot d’ordre : savoir les fidéliser afin qu’ils reviennent en Côte d’Ivoire. Et l’on ne peut réussir à les fidéliser que par la qualité des structures qui les accueillent ainsi que par celle des services. Par quel processus sont attribuées les étoiles des hôtels, des restaurants et des maquis ? Nous avions observé que depuis 1985, ce mode de classement des hôtels, des restaurants et des maquis était à l’arrêt. De plus, les maquis sont une trouvaille ivoirienne qui fait l’authenticité de notre destination. Aujourd’hui, cette appellation fait partie de notre jargon, et son modèle s’est exporté dans toute la sous-région. Mais pour avancer au mieux, il faut que ce nom, « maquis », puisse être référencé, labellisé et protégé. Nous devons créer les conditions et encadrer une procédure qui ferait l’objet d’un classement avec une méthodologie précise. Cela permettrait à tous les acteurs utilisant cette terminologie de « maquis » d’entrer dans une démarche technique qui reposerait sur des éléments stratégiques. Sachant que nous sommes dans le contexte de la pandémie de Covid-19, l’hygiène et la qualité seraient au coeur du dispositif, ainsi que la qualité du service et des menus, sans oublier la qualité du personnel employé dans ces établissements de restauration. Ainsi, nos établissements hôteliers et restaurants suivront un mode de classement piloté, dans un premier temps, par une concurrence saine et parfaite entre les différentes entités, avec l’objectif d’élever le niveau de services. Ajoutons que l’enjeu de l’application de cette méthode est la compétitivité de la destination, afin que nos établissements répondent aux standards internationaux. Cela nous incite à rendre obligatoire cette disposition que le gouvernement a bien voulu prendre au moyen d’un décret qui officialise cette réforme du secteur. Depuis 2021, vous présidez le Conseil exécutif de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), en plus de la Commission régionale pour l’Afrique de cette institution spécialisée des Nations unies. Dans ces deux structures, quelle est votre feuille de route ? Notre feuille de route est de bâtir la destination Afrique, de faire en sorte que notre continent ne soit pas stigmatisé, de booster la marque Afrique et de créer l’authenticité de cette destination. Il s’agit aussi de dématérialiser davantage l’obtention des visas, d’obtenir qu’une directive communautaire soit prise au niveau de l’Union africaine (UA) afin que soit actée la proposition d’un passeport UA permettant à la classe moyenne en émergence de se déplacer aisément dans les 54 pays de l’UA. En cela, nous devons travailler sur les connectivités aériennes et les voies routières, car par ces initiatives et ces brassages, nous pouvons entrer dans une démarche d’intégration à l’échelle continentale propre à faire prospérer le tourisme. Dans cette perspective, nous estimons que les déplacements aériens coûtent trop cher et qu’il faut discuter de la création d’une desserte avec les compagnies low-cost et se doter de compagnies de voyages à coût abordable afin de faciliter les déplacements aériens inter-Afrique car actuellement, c’est le déplacement par voie terrestre qui reste le plus plébiscité. Ces questions sont d’ailleurs appelées à faire l’objet de discussions avec les ministres des Transports via une plate-forme digitale.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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