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Entretien – Président du Conseil des ministres de l’UMOA

Entretien – Président du Conseil des ministres de l’UEMOA

« Notre défi actuel : consolider la reprise accélérée de l’activité économique »

Le grand argentier togolais Sani Yaya, président du Conseil des ministres de l’UMOA (Union monétaire ouest-africaine), détaille les mesures prises par les institutions de la zone UEMOA pour favoriser la résilience de l’Union face à la pandémie de Covid-19.

Le 30 mars 2020, en période de crise sanitaire, la présidence du Conseil des ministres de l’UMOA est revenue au Togo, dont vous êtes le représentant en qualité de grand argentier. Quel rôle a joué le Conseil pendant la pandémie de Covid-19 ?

Sani Yaya : Effectivement, j’ai accédé à la présidence du Conseil des ministres de l’UMOA (Union monétaire ouest-africaine) dans un contexte où les effets socio-économiques de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 ont commencé à se faire sentir sur les économies de l’Union. Et comme vous le savez, le Conseil des ministres de l’UMOA assure la direction de l’Union monétaire, conformément à l’article 10 du Traité de l’UMOA. Á ce titre, le Conseil a tenu des réunions aussi bien ordinaires qu’extraordinaires pour prendre des mesures visant à atténuer les effets négatifs de la pandémie sur les populations et les économies de l’Union. Ces différentes sessions avaient pour objet de réfléchir sur les instruments de politiques macroéconomiques à activer pour assurer une convergence et une solidarité dans les actions de financement des plans de riposte, de résilience et de relance mis en oeuvre par les États membres pour gérer la crise sanitaire. Nous saluons, dans ce cadre, la forte implication des institutions de l’Union, notamment la BCEAO, la BOAD et la Commission de l’UEMOA.

Quelle est votre analyse sur les effets de cette pandémie aux plans monétaire et des finances publiques ?

Sur le plan budgétaire, la crise sanitaire a engendré une hausse des déficits publics pour deux raisons. Premièrement, les recettes ont baissé, en raison à la fois des perturbations enregistrées dans les activités économiques et des exonérations accordées par les administrations fiscales aux entreprises durement affectées par la pandémie. Deuxièmement, les dépenses ont progressé du fait du financement des plans de riposte, de résilience et de relance mis en oeuvre par les États. Dans ce contexte, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement a suspendu temporairement l’application du Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité. Suite à cette mesure, le Conseil a encouragé les institutions de l’Union à assister les États membres dans leurs efforts de mobilisation effective des ressources extérieures et intérieures pour riposter contre la pandémie, soutenir les populations vulnérables, stabiliser l’activité économique et préserver le tissu productif et les emplois. Ainsi, très rapidement, la Banque centrale a procédé, en collaboration avec l’Agence UMOA-Titres, à la structuration de bons du Trésor dénommés « Bons Covid-19 » et à l’ouverture d’un guichet spécial pour le refinancement de ces bons. En outre, dès le début d’année 2021, la BCEAO a structuré des Obligations de Relance (OdR) afin d’accompagner les États membres de l’Union dans la mobilisation des ressources longues à moindre coût. La Banque centrale a par ailleurs pris des mesures pour permettre aux banques et aux systèmes financiers décentralisés d’accorder des reports d’échéances des créances aux entreprises et aux particuliers qui rencontrent des difficultés pour rembourser leurs crédits en raison de la crise sanitaire. La BOAD, de son côté, en relation avec la Commission de l’UEMOA, a pris des mesures visant l’octroi de prêts concessionnels aux États et le refinancement des crédits accordés aux entreprises affectées par la crise. Enfin, le Conseil régional de l’Épargne publique et des marchés financiers (CREMPF), face à l’urgence d’accès au financement sur le marché financier, a pris de nouvelles règles et mis en place de nouvelles procédures visant à simplifier et à favoriser un plus grand accès au financement par les entreprises, notamment les PME-PMI. Aujourd’hui, le Conseil des ministres se réjouit des résultats probants de l’ensemble de ces mesures qui ont conduit l’Union à la résilience face à la pandémie. Je voudrais saisir cette occasion pour féliciter le gouverneur de la BCEAO et le président de la BOAD pour leur forte implication dans la gestion de cette crise sanitaire. Sur le plan monétaire, la Banque centrale a pris des mesures proactives caractérisées, entre autres, par l’accroissement de son offre de liquidité assorti d’une réduction de ses taux directeurs afin d’apaiser totalement les craintes des banques quant à une éventuelle pénurie de liquidité dans le contexte du Covid-19. Grâce à ces mesures, le financement des activités économiques a été maintenu malgré les conséquences socio-économiques de la pandémie. Notre défi actuel est de poursuivre les efforts visant à consolider la reprise accélérée de l’activité économique et à assainir les finances publiques en vue de retrouver les marges de manoeuvre d’avant la crise sanitaire. Début mai, la Commission de l’UEMOA a accueilli un nouveau président en la personne du Sénégalais Abdoulaye Diop.

La Commission sortante présidée par le Nigérien Abdallah Boureima a-t-elle respecté la feuille de route élaborée par la Conférence des chefs d’État en 2017 ?

Pour faire suite aux instructions de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement du 10 avril 2017, l’équipe sortante a adopté une feuille de route autour de trois axes. En premier lieu, la modernisation de la gouvernance et du pilotage institutionnel, ensuite la rationalisation des charges et des modalités d’intervention, et enfin le renforcement de la gouvernance économique et l’application de la législation communautaire par les États. Ainsi, d’importantes réformes internes ont été conduites, notamment le passage au budget-programme, la suppression des charges locatives au siège de Ouagadougou et dans les bureaux de représentation, et enfin l’optimisation des dépenses liées aux missions et déplacements, aux acquisitions et aux autres prestations de services. Le recentrage des interventions des départements sectoriels a contribué à réaliser des économies substantielles et à renforcer l’intégration régionale dans un contexte marqué par de multiples défis sécuritaires et sanitaires. Par ailleurs, plusieurs chantiers sectoriels ont été achevés, notamment l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers du Burkina Faso et du Togo, la réalisation d’un Schéma de développement de l’espace régional (SDER), l’achèvement des travaux de plusieurs postes de contrôle juxtaposés aux frontières des États membres de l’Union, l’installation de huit plates-formes nationales de Mécanisme d’alerte aux obstacles au commerce (MAOC), pour ne citer que ceux-là. En matière de renforcement de la gouvernance économique, les actions conduites ont permis une nette amélioration du taux moyen d’application des réformes communautaires, qui est passé de 62 % en 2017 à 76 % en 2020.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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