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Entretien – Président du Front populaire ivoirien

Entretien – Président du Front populaire ivoirien

« Une alliance avec le RHDP n’est pas exclue »

Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), consacre dorénavant son temps à mobiliser ses troupes pour les futurs batailles électorales. Dans cette perspective, l’homme qui ambitionne d’être en 2025 « le premier président de la nouvelle génération » n’exclut aucune alliance politique

Vous venez d’effectuer une vaste tournée politique dans le pays. Pour quelles raisons et dans quelles régions ? Pour les élections locales et régionales de 2023, quelle est votre stratégie afin de remobiliser votre camp et vos militants ?

Pascal Affi N’Guessan : Évidemment, toute tournée politique vise un objectif. Pour nous, il s’agit en effet de mobiliser et de remobiliser nos militants. Mais il est surtout question d’être plus proches d’eux, et de maintenir aussi cette proximité avec les populations dans la perspective des échéances électorales. Cette tournée avait également un défi à relever : la mobilisation après la clarification du 9 août 2021 concernant le départ du président Gbagbo. Il était important de venir sur le terrain pour apporter aux populations en général et aux militants en particulier l’éclairage nécessaire sur les motivations de cette rupture ainsi que pour rassembler les militants et tester l’état de santé de notre structure afin de préparer les échéances à venir, notamment les élections de 2023. Pour le présidentiable que vous êtes, les prochaines élections municipales et régionales sont-elles un test en vue de la présidentielle de 2025 ? Pensez-vous obtenir de meilleurs scores qu’aux législatives, où vous n’avez décroché que 2 sièges de députés, contre 18 pour le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de l’ancien président Laurent Gbagbo ? Bien sûr ! Il y a toujours un temps pour la traversée du désert. Mais on ne reste pas éternellement dans le désert. C’est vrai, les temps passés ont été des moments difficiles, compte tenu de la dissidence qui a éclaté au sein du FPI. Heureusement aujourd’hui, nous avons passé ce cap. Nous sommes sortis de cette turbulence. Les clarifications ont été faites. Nous traînions un boulet. Nous avons réussi à nous en débarrasser. Maintenant, nous nous lançons dans les grandes actions de mobilisation pour  la reconquête du pouvoir. Nous sommes persuadés que nous ferons mieux pour les prochaines élections, car il n’y a plus de débat autour d’aucune contestation ou confusion. Désormais, nous avons une identité plus claire et les Ivoiriens savent qui nous sommes. Dans leur esprit, ils ne nous confondent plus avec qui que ce soit, surtout pas avec cette frange réactionnaire qui nous a empêchés d’avancer pendant plusieurs années. Oui, en 2023, nous aurons de meilleurs scores. Le 28 octobre 2021 , vous avez été reçu en audience par le président Alassane Ouattara et le 13 novembre 2021, au dernier Congrès du FPI qui a enregistré plus de 10 000 participants, on a vu Adama Bictogo, secrétaire exécutif du RHDP, ainsi que d’autres cadres de son parti. Une alliance stratégique FPI/RHDP est-elle en train de se construire ? Écoutez, rien n’est exclu. Tout dépend de l’intérêt que le FPI peut trouver à une telle alliance ainsi que du bénéfice que le pays peut également en tirer. Aujourd’hui, le pays a besoin de paix, de cohésion, de liberté et de démocratie. Si des propositions allant naturellement dans ce sens nous sont faites, et que le FPI y trouve son compte, il n’y a pas de raison de ne pas y aller. Si les présidents Bédié et Alassane Ouattara ont été dans une alliance, et qu’ils ont pu en 2010 se placer au-dessus de leurs contradictions passées pour affronter le président Laurent Gbagbo, alors nous disons que toute alliance est possible. Que devient Simone Gbagbo, en rupture politique avec Laurent Gbagbo, mais semble-t-il toujours membre du FPI ? Va-t-elle vous rejoindre à la direction du parti ? Pour le moment, elle est restée à l’écart. Mais nous attendons qu’elle fasse le bon choix. Elle a toute sa place et nous attendons… Le président Ouattara envisage prochainement une nouvelle réforme de la Commission électorale indépendante (CEI). Comment analysez-vous ce changement à venir et quelles sont vos attentes ? Nous avons réclamé ce changement au cours du dialogue politique. Nous souhaitons une commission plus indépendante, plus équilibrée et plus transparente. Mais il faudrait qu’à tous points de vue, elle inspire confiance à tous les acteurs politiques. Je crois que ce message a été bien compris. Alors, nous attendons les réformes et les amendements à la loi portant code électoral, portant création, organisation et fonctionnement de la Commission électorale indépendante (CEI). Le moment venu, nous apprécierons les avancées obtenues et nous verrons si cette nouvelle CEI répond aux critères souhaités, de nature à garantir des élections transparentes et pacifiques. Sur instruction du chef de l’État, le Premier ministre Patrick Achi a repris le dialogue politique avec tous les ténors de l’opposition. Au cours de ces assises, la question de la limite d’âge pour les candidats à la présidentielle, qui serait fixée à 75 ans, devrait être abordée. Êtes-vous favorable à cette mesure ? Le député Assalé Tiémoko a introduit deux propositions de loi pour justement opérer le changement que nous attendons. Nous approuvons la démarche de notre collègue à l’Assemblée nationale d’introduire un verrou d’âge de 75 ans pour l’élection du président de la République. Ce n’est pas à nos yeux un texte de pure circonstance mais, en l’espèce, c’est un texte qui peut aider à franchir ce cap et à faire progresser notre pays. Nous pressentons qu’en 2025, le temps des trois grands présidents encore vivants [Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, NDLR] de l’après-Houphouët sera passé. Chacun a apporté sa pierre à la construction de notre pays. Il y a en chacun d’eux du bon et du moins bon. Leur temps sera passé. C’est un fait, c’est une réalité, même si certains manifestent parfois de manière plus ou moins subliminale une envie de retour. Lors de votre meeting à la fête de la liberté du FPI 2022 à Abengourou, vous avez déclaré être le candidat de la nouvelle génération. Sur quelle base l’affirmez-vous ? 2025 verra, j’en suis convaincu, l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération et le moment venu, je solliciterai le soutien des Ivoiriens pour porter nos couleurs. J’ambitionne d’être le premier président de cette génération intermédiaire, fort de mon expérience, fort de ma connaissance intime de notre pays que j’aime si passionnément, fort aussi de notre projet. Notre combat de reconquête, nous le mènerons autour de notre vision, de nos convictions, de notre message. Nous voulons bâtir une Côte d’Ivoire réconciliée, plus libre, plus prospère et finalement plus heureuse. C’est cela notre combat.

Propos recueillis par Alain Bouabré

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