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Entretien – Représentante résidente de la Banque mondiale au Burkina Faso

Entretien – Représentante résidente de la Banque mondiale au Burkina Faso

« Le Burkina Faso est leader en utilisation d’outils d’évaluation d’impact »

Au Burkina Faso, la Banque mondiale gère 32 projets pour un montant global de 2,88 milliards de dollars. Maïmouna Mbow Fam, responsable des opérations dans ce pays, estime que malgré les nombreux impacts persistants du Covid-19, l’économie burkinabè devrait poursuivre sa reprise en 2021.

Quel est le volume du portefeuille financier de la Banque mondiale (BM) au Burkina Faso et quels sont les secteurs prioritaires bénéficiant de l’engagement de la BM ?

Maimouna Mbow Fam : Le portefeuille est de 32 projets (22 nationaux et 10 régionaux) pour un engagement  global de 2,88 milliards de dollars. Ces projets concernent une grande variété de secteurs : les secteurs sociaux tels que l’éducation, la santé, la protection sociale ou encore l’eau et l’assainissement ainsi que les secteurs productifs tels que l’énergie, l’agriculture et les infrastructures. Cet accompagnement intègre-t-il le volet sécuritaire, qui reste important pour ce pays ? La situation sécuritaire s’est traduite par une fragilité de certaines régions et un accroissement des déplacés internes, mais elle a engendré des flux importants de ressources permettant d’apporter des solutions de développement dans certaines régions affectées. Ces solutions passent par l’approche territoriale intégrée, qui vise à faciliter le rééquilibrage du développement économique et social du pays. Depuis décembre 2020, le Burkina Faso est éligible aux ressources additionnelles de prévention et de résilience destinées à accélérer la mise en oeuvre des projets au bénéfice des zones et des populations les plus vulnérables, avec une augmentation de 70 % de l’enveloppe allouée au pays. Une partie de ces ressources a permis le financement d’un projet d’urgence de développement local et de résilience qui cible les régions de l’Est et de la Boucle du Mouhoun.

Le 14 juin dernier, Alphonse Ibi Kouagou, administrateur groupe Afrique II du groupe de la Banque mondiale, a rencontré le ministre de l’Économie, des Finances et du Développement Lassané Kaboré pour une séance de travail. Quels étaient les enjeux de cette rencontre ?

L’administrateur est venu au Burkina Faso pour s’imprégner des priorités de développement et s’assurer que les interventions de la Banque mondiale répondaient aux attentes des populations. Avec le ministre de l’Économie, des Finances et du Développement, il a échangé sur les axes stratégiques du cadre de partenariat, la performance globale du portefeuille et l’appui à la mise en oeuvre des projets que nos équipes fournissent au pays. Il a par ailleurs eu une séance de travail avec le président du Faso, avec qui il a échangé sur une stratégie de mobilisation de plus de ressources par le biais d’un plaidoyer en faveur de l’Association internationale de développement (IDA), la branche de la Banque mondiale dédiée aux pays les plus pauvres. Le Département de l’évaluation d’impact pour le développement (DIME) et le bureau pays de votre institution ont organisé en mai dernier un atelier sur le thème : « Évaluation d’impact pour une relance verte, la transformation rurale et la cohésion sociale au Burkina Faso ».

Quels sont les résultats attendus ?

Cet atelier mis en place sous le parrainage du ministre de l’Économie, des Finances et du Développement avait pour objectif de promouvoir l’utilisation de méthodes et outils d’évaluation d’impact (EI) pour améliorer les politiques publiques au Burkina Faso. Il a été question de présenter l’EI du DIME afin d’assurer une gestion adaptative des projets et programmes pour de meilleurs résultats. Ont aussi été présentés des exemples de collaborations d’EI existantes, avec un focus sur des projets au Burkina Faso et dans la région du Sahel. Il faut dire que le Burkina Faso est un leader dans la sous-région en matière d’utilisation des données et des preuves de l’EI pour concevoir et mettre en oeuvre des projets plus impactants. Citons la création de la plate-forme SUPERMUN, un système de suivi annuel des performances des municipalités qui fournit des données fiables et actualisées sur la gouvernance locale, et qui est une première du genre en Afrique subsaharienne. Par ailleurs, des collaborations dans le cadre d’EI entre la Banque mondiale et le gouvernement ont démontré que les programmes de protection de l’environnement pouvaient avoir des impacts importants sur la sécurité alimentaire, notamment en réduisant l’insécurité alimentaire sévère de 60 %. De cet atelier étaient attendues une intégration plus systématique de l’évaluation d’impact, la gestion adaptative dans la formulation et la mise en oeuvre des politiques publiques, l’effectivité de la gestion axée sur les résultats, et enfin la maximisation de l’impact des politiques de développement. Par ailleurs, l’atelier  a également permis d’initier les cadres des unités de mise en oeuvre des projets et ceux du gouvernement aux méthodes d’EI ainsi que d’engager des discussions pour de nouvelles EI sur les projets en cours de conception ou d’implémentation.

Du fait de la pandémie de Covid-19, l’économie burkinabè a enregistré une croissance de 2 % en 2020, soit 4 points de pourcentage de moins que prévu. Selon vos prévisions, les conditions de la relance sont-elles réunies en 2021 ?

Bien que de nombreux impacts du choc Covid-19 persistent, l’économie du Burkina Faso devrait poursuivre sa reprise en 2021. Dans un contexte d’incertitude, la croissance devrait atteindre 4,3 % en 2021, soit un taux supérieur à celui de la croissance de la population (2,9 %). La bonne pluviométrie enregistrée vers la fin de l’année 2020 pourrait se traduire par le maintien de bonnes performances agricoles. La production d’or devrait rester forte, soutenant le secteur secondaire comme principal moteur de croissance. Après le ralentissement observé l’année dernière, les services devraient contribuer de façon significative à la croissance grâce à une reprise progressive du commerce, des transports, des activités du secteur de l’hôtellerie-restauration et des activités immobilières, sans oublier les services publics.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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