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Gouvernement Dabiré II : la continuité dans l’action

Le Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré a été reconduit dans ses fonctions en début d’année. À la gestion des dossiers traditionnels s’ajoutera une mission : oeuvrer à la réconciliation nationale.

Réélu pour un second mandat, le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré a renouvelé sa confiance à Christophe Marie Joseph Dabiré. Alors que les spéculations allaient bon train sur son éviction, l’économiste de 72 ans a été reconduit au poste de Premier ministre le 5 janvier. Comme le prévoyaient certains observateurs, le chef de l’État a donc préféré la stabilité au chamboulement. Cette reconduction a donné lieu au maintien, au sein de l’équipe gouvernementale, de près d’une vingtaine de ministres, dont celui des Affaires étrangères Alpha Barry et des Infrastructures Éric W. Bougouma. Quatorze autres ont quitté le navire, parmi lesquels le ministre de la Communication Rémis Fulgance Dandjinou et de la Culture Abdoul Karim Sango. Composé de 33 membres dont 9 femmes, le gouvernement Dabiré II inscrit son action dans la continuité, avec les mêmes défis sécuritaires, économiques et sociaux. Seul changement, la feuille de route du chef du gouvernement comporte un nouveau dossier : la réconciliation nationale. En effet, conformément à sa promesse de campagne, Roch Marc Christian Kaboré en a fait son cheval de bataille. « C’est un enjeu majeur », a pour sa part indiqué le Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale (DPG) prononcée le 4 février et sanctionnée par un vote positif de l’Assemblée nationale : 105 voix sur 127. Dans le nouveau gouvernement formé le 10 janvier, cet aspect de la mission a été pris en compte avec la nomination d’un ministre d’État auprès de la Présidence du Faso chargé de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale. Ce portefeuille a échu à l’ex-chef de file de l’opposition Zéphirin Diabré, qui a rejoint la majorité. Celui-ci a multiplié les rencontres pour dessiner les contours du champ d’application de la réconciliation nationale, une démarche volontariste qui, à son avis, se justifie par rapport à« un passé lointain de l’histoire du pays, mais aussi une actualité récente marquée par des crimes, des violations de droits, des conflits divers, des ressentiments d’injustice et des frustrations ». La réconciliation nationale, une priorité Le ministre d’État a ainsi pu dégager cinq catégories de problèmes qui doivent être résolus par la réconciliation nationale. Dans la première catégorie figurent les crimes de sang ainsi que le sort des exilés politiques et des victimes de l’insurrection populaire d’octobre 2014. La seconde catégorie regroupe les différents conflits communautaires,« moins visibles en apparence mais plus perfides ». La troisième catégorie concerne les attaques terroristes ainsi que les situations de stigmatisation et de repli communautaire. La quatrième catégorie se rapporte aux litiges entre l’État et ses administrés. Enfin, la cinquième catégorie s’attache à prendre en compte « le ressenti de la gouvernance globale de l’État ». Selon le ministre Diabré, les Burkinabè doivent se réunir autour d’une table pour discuter de ces questions, et c’est d’ailleurs tout le sens du Forum national sur la réconciliation annoncé par le chef de l’État, qui a affiché son attachement au triptyque vérité- justice-réconciliation. Cela étant dit, « il ne sera pas question de prime à l’impunité », a averti le ministre en charge de la question. La date de cette importante rencontre qui devrait permettre de poser les jalons d’un nouveau départ pour le pays n’a pas encore été fixée. Dans le même esprit, une Stratégie nationale pour la promotion de la cohésion sociale est en cours d’élaboration et devra déboucher sur l’institution d’une journée dédiée au vivre-ensemble. Mais bien sûr, la réconciliation nationale ne doit pas occulter les autres défis : lutte contre l’insécurité, Covid-19, relance économique, renforcement de la justice, réforme de l’administration, etc. Préserver la sécurité Loin d’être stable, la situation sécuritaire retient l’attention de l’exécutif. En cinq ans, plus de 1 650 civils et militaires ont été tués, selon un rapport de l’Observatoire pour la démocratie et les droits de l’homme (ODDH) publié en juin 2020. En dépit d’une accalmie, des attaques sporadiques sont toujours perpétrées par des groupes armés. Huit volontaires pour la défense de la partie (VDP) enrôlés dans la lutte contre le terrorisme ont péri le 14 avril sous les balles assassines de l’ennemi à Gorgadji, dans la région du Sahel. Une semaine plus tard, quatre éléments d’un détachement militaire sont tombés dans une embuscade à Yirgou, dans la région du Centre- Nord. Et des victimes continuent d’être enregistrées, tout comme des déplacés internes.

Au 31 décembre 2020, ce sont 1 074 993 déplacés qui ont été dénombrés par le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR). Le Premier ministre mise sur le retour volontaire de ces personnes après la libération progressive des zones sous menace. La préservation de la sécurité constitue donc un impératif pour l’exécutif, qui projette des actions dans ce sens : entre autres, la continuation de la mise en oeuvre de la loi de programmation militaire 2018- 2022, l’amélioration de la contribution des VDP à la lutte contre le terrorisme, et enfin la poursuite des actions communes du G5-Sahel. Christophe Dabiré a indiqué au cours de sa DPG que l’adoption de la Stratégie de sécurité nationale devrait favoriser le déploiement d’une « réponse holistique dans la prise en charge des défis sécuritaires ». Renforcer l’institution judiciaire Autre préoccupation : la crise sanitaire du Covid- 19. Si le Burkina Faso a connu deux vagues de la maladie, la situation reste « sous contrôle », d’après les autorités sanitaires. Au 1er mai 2021, le pays comptait 13 324 cas confirmés – 4 992 femmes et 8 332 hommes – pour 157 décès. Outre la promotion constante des mesures barrière, les autorités sanitaires disent travailler à l’introduction du vaccin, qui n’était pas encore arrivé dans le pays à la date du 4 mai 2021. Un plan de vaccination a été élaboré, avec une première phase qui permettra d’administrer 1 380 000 doses, selon le Pr Charlemagne Ouédraogo, ministre de la Santé. « C’est un vaccin que nous n’achetons pas. Il est donné gratuitement par le mécanisme GAVI. Nous ne savons pas quand il arrivera au Burkina », a-t-il confié à la presse le 17 avril. L’épidémie de Covid-19 a entraîné en 2020 une « légère » récession de l’économie, ce qui oblige l’exécutif à travailler à sa relance. Selon les prévisions des experts de la Banque mondiale, le taux de croissance devrait atteindre 3,9 % en 2021, contre – 2 % l’année dernière.

Par ailleurs, le renforcement de la justice constitue une autre priorité pour le gouvernement, qui devra poursuivre son appui aux juridictions en vue du traitement des dossiers emblématiques. Parmi ceux-ci, l’affaire Thomas Sankara, qui devra bientôt faire l’objet d’un procès après la mise en accusation de l’ancien président du Faso Blaise Compaoré et de 13 autres personnes. Enfin, la réforme de l’administration, dans ce contexte d’insécurité, préoccupe aussi le Premier ministre. Il compte procéder à une réorganisation pour pallier la faible couverture du territoire national par les structures régaliennes de l’État. Dans les prochains mois, l’exécutif devra soumettre à l’Assemblée nationale un projet de redécoupage du territoire burkinabè pour assurer un meilleur maillage sécuritaire et favoriser un développement socio-économique à la base. Comme on le voit, les fronts sont nombreux et les attentes pressantes…

Patrick Kader Karantao

Auteur

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