Entretien – Administrateur de l’Agence Emploi Jeunes « Notre ambition en 2023 : toucher 76 128 jeunes en quête d’insertion professionnelle »

Jean-Louis Kouadio, administrateur de l’Agence Emploi Jeunes (AEJ), rappelle les missions de l’instituion dévolue à la mise en œuvre de la politique nationale d’insertion professionnelle et d’emploi des jeunes. Il évoque aussi l’avenir, notamment un déploiement accru des agences sur l’ensemble du territoire.

Jean-Louis Kouadio, administrateur de l'agence emploi jeunes

L’Agence Emploi Jeunes (AEJ) a été créée en 2015. Quelles sont ses missions ?

 

Jean-Louis Kouadio : L’Agence Emploi Jeunes est le service national public d’emploi créé en 2015 suite à la réforme du cadre de promotion de l’emploi. C’est le guichet unique qui embrasse toutes les initiatives gouvernementales en faveur de l’insertion et de l’emploi des jeunes. À ce titre, elle a pour principales missions de contribuer à la mise en œuvre de la politique nationale d’insertion professionnelle et d’emploi des jeunes, de définir et mettre en œuvre des stratégies de promotion de l’insertion professionnelle et de l’emploi des jeunes ainsi que de mobiliser les ressources pour la mise en œuvre des projets et programmes d’insertion professionnelle et d’emploi des jeunes.

 

Comment l’AEJ est-elle structurée ?

 

L’Agence Emploi Jeunes est organisée autour deux organes : le Conseil d’orientation et l’administrateur. Le Conseil d’orientation est composé de représentants de l’État, du secteur privé, des organisations de jeunesse et des partenaires au développement. L’administrateur assure l’administration et la direction de l’Agence Emploi Jeunes. Il est aidé dans son action par un adjoint et 7 directions centrales.

L’offre de services à destination des jeunes comprend l’accueil et l’orientation professionnelle, le développement des compétences dans les filières qui recrutent pour les jeunes éloignés du marché de travail, les stages école et de qualification pour les sortants du système d’éducation et de formation national, et enfin l’appui à l’entrepreneuriat et à l’auto-emploi pour les jeunes désireux de se mettre à leur compte et de contribuer au développement de l’emploi.

 

Quel est votre mécanisme de financement ?

 

Le financement des projets des jeunes se fait par le biais d’une plate-forme de financement alliant services financiers et non financiers, en étroite collaboration avec les partenaires techniques et financiers. Pour répondre aux différentes préoccupations des jeunes, la plate-forme de financement compte cinq guichets : le Mentorat solidaire, AGR (activités génératrices de revenus), la Micro-petite entreprise, les Projets structurants, le Capital investissement et l’initiative Start-up Boost Capital.

 

« L’Agence Emploi Jeunes intervient sur l’ensemble du territoire national grâce un réseau de 22 agences régionales et 197 guichets emploi. »

 

Vos équipes ont-elles des représentations sur l'ensemble du territoire ?

 

Les interventions de l’Agence Emploi Jeunes s’étendent sur l’ensemble du territoire national grâce un réseau de 22 agences régionales et 197 guichets emploi ouverts dans les communes, les universités et les grandes écoles publiques. Les bénéficiaires des dispositifs d’insertion résident dans les 33 régions et districts que compte la Côte d’Ivoire. La politique de proximité de l’offre de services au plus près de la cible se poursuit avec l’ouverture, en 2023, de 14 nouvelles agences régionales dans les zones insuffisamment desservies.

 

Pour le renforcement de vos capacités, avez-vous un soutien de la part des guichets internationaux que sont l’UE, la BAD, etc. ?

 

Pour le renforcement de nos capacités, nous bénéficions effectivement de l’appui important des partenaires au développement afin d’accompagner les jeunes Ivoiriens vers l’autonomie. Au niveau multilatéral, la Banque mondiale soutient depuis 2012 la Côte d’Ivoire en faveur du Projet emploi jeunes et développement des compétences (PEJEDEC). L’Agence Emploi Jeunes s’apprête d’ailleurs à exécuter le PEJEDEC-3, évalué à près de 9 milliards de FCFA. En 2017-2018, nous avons également bénéficié du programme d’appui budgétaire de l’Union européenne, ce qui nous a permis d’élargir le spectre des bénéficiaires des programmes d’insertion. Enfin, pour ce qui est de la BAD, elle intervient à travers l’initiative Enable Youth et le programme d’appui au PSGouv (PA-PSGouv 2022-2024). Au niveau bilatéral, depuis 2013, les ressources du Contrat de désendettement et développement C2D contribuent à offrir de meilleures perspectives aux jeunes Ivoiriens sur le marché de travail. Le C2D3 Emploi 2023-2027 est en cours d’instruction avec l’AFD, ce qui correspond à 51,6 milliards de FCFA en faveur de 81 760 bénéficiaires sur 3 ans.

 

Le président Alassane Ouattara a décrété 2023 comme étant « l'année de la jeunesse ». Les structures comme l'AEJ sont donc en première ligne. En 2021, pour un investissement de 21 milliards de FCFA, 82 000 jeunes ont bénéficié des programmes Emploi jeunes. En 2022, quelle a été l'ampleur de la mobilisation des jeunes pour vos programmes et quels canaux utilisez-vous pour les sensibiliser sur les opportunités offertes par l'AEJ ?

 

En 2022, nous avons enregistré 87 801 nouveaux demandeurs d’emplois inscrits sur notre plate-forme technologique, ainsi que 300 152 postulants à nos différents dispositifs d’insertion professionnelle. Les opportunités mises à la disposition des jeunes sont publiées sur les canaux à forte audience tels que le site de l’AEJ, la RTI, Trace, 7info, la presse écrite et les réseaux sociaux : Youtube, Facebook, Twitter et TikToK.

 

« En 2022, nous avons enregistré 87 801 nouveaux demandeurs d’emplois ainsi que 300 152 postulants à nos différents dispositifs d’insertion professionnelle. »

 

Le 11 avril dernier, la mairie de la commune d’Abobo a organisé une cérémonie de remise de chèques à chacun des 100 jeunes ayant pris part aux travaux à haute intensité de main d'œuvre (THIMO), pour un montant total de 120 000 FCFA. Ce type de cérémonie existe-t-il dans toutes les villes du pays ?

 

Oui, les cérémonies de remise de chèque pour les indemnités de mise en activité THIMO concernent de nombreuses villes sur toute l’étendue de la Côte d’Ivoire. À ce jour, ces cérémonies se sont déroulées dans 82 localités réparties sur l’ensemble du territoire national, ce qui montre à suffisance à quel point ce dispositif est délocalisé et généralisé dans le pays.

 

Quelles sont les points de complémentarité entre l’AEJ et l’Office du service civique national (OSCN) ?

 

Sous l’impulsion du ministre de la Promotion de la jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, les programmes de l’AEJ et de l’OSCN ont été harmonisés. C’’est ainsi que des passerelles ont été ouvertes afin d’accroître nos synergies et de mutualiser nos ressources. Concrètement, les jeunes formés à travers le SCAED et intéressés par l’entrepreneuriat sont conduits vers les guichets AGR ou MPE de l’AEJ.

 

Pour 2023, quelles sont vos priorités et les objectifs à atteindre à la tête de l’AEJ ?

 

Notre action en 2023 s’inscrit dans le cadre du Programme jeunesse du gouvernement (PJ-Gouv 2023). Sur notre feuille de route 2023, selon les ressources mobilisées à ce stade, l’ambition affichée est de toucher 76 128 jeunes en quête d’insertion professionnelle.

 

Propos recueillis par Andju Ani